Kombucha
4.6
Kombucha

Film de Jake Myers (2025)

Sur l’étiquette, Kombucha se vend comme un film d’horreur mâtiné de comédie. Dans le verre, c’est autre chose. Pas vraiment terrifiant. Pas vraiment drôle. Plutôt un thriller fantastique qui picore à droite à gauche - quelques visions glauques, des corps en lente décrépitude, des hallucinations bien senties - sans jamais vraiment choisir son camp. Un film de genre dont l'idée n'a pas fermenté aussi longtemps que les intestins des employés de Symbio.

Et pourtant, sur le papier, il y avait de quoi faire.


L’idée centrale est séduisante : apposer le monde créatif et celui du capital. L’art face au business, ou plutôt, l'art absorbé par le business. La sensibilité face aux KPI.

Luke, chanteur-guitariste plein d’espoir, se retrouve happé par une entreprise louche suite au schéma classique du gars qui doit gagner de l'argent pour que sa relation amoureuse continue de fonctionner. On range ses rêves dans son armoire et on met de quoi manger dans l'assiette ! Malheureusement, dans cette boîte, il y a cette boisson toute aussi étrange que son titre. Une boisson qui semble transformer ses employés en machines à performance, vidées de toute aspérité, alignées, calibrées, prêtes à “créer de la valeur”.


La volonté du réalisateur Jake Myers est évidente : il pointe tout ce qui gangrène les entreprises modernes : le “au travail comme à la maison”, la porosité malsaine entre vie pro et perso, la culture du culte de marque, les slogans creux, le bullshit managérial récité comme une religion. Cette phrase - « J’aurais pu créer tellement de valeur » - résume à elle seule ce monde absurde où l’on parle d’émotions, d’impacts et de ressources à grands coups de slides PowerPoint.

D’ailleurs, l’utilisation répétée des présentations est une vraie bonne idée. Luke ne fait presque que ça : présenter pour convaincre et vendre. Un travail qui n’a aucun sens, même pour lui. Lui qui le dit très bien lorsqu'il retrouve des éclairs de lucidité : « Je faisais ressentir des émotions aux gens. Et toi, qu’est-ce que t’apportes ? »

Le contraste est fort et pertinent, presque cruel et l'évocation du mythe du vampire - "they suck the life out of her" - va dans ce sens

Le film ne manque donc pas de matière, ni même d’une vraie envie de critique globale. Il va jusqu’à proposer une fin franchement what the fuck (mais pleine de sens - que je ne dévoilerai pas) qui a le mérite d’oser quelque chose et de laisser une image durable.


Mais voilà.

Entre les bonnes intentions et le résultat, il manque l’essentiel : l’impact émotionnel.

Sur la durée, Kombucha peine à nous faire ressentir quoi que ce soit. Quelques sourires esquissés. Quelques images marquantes lors des hallucinations de Luke. Mais rien qui s’installe vraiment. Rien qui ronge. Rien qui angoisse.


On accroche peu à l’ensemble, et c’est frustrant. Frustrant parce qu'il y a quelques bonnes idées. Frustrant parce que le sujet est fort. Frustrant parce que les risques encourus par Luke sont évidents, mais ne génèrent jamais cette tension sourde qu’on attend. Même les acteurs peinent à élever le matériau, restant souvent trop lisses, trop sages, comme le film qui aurait gagné à être plus sale, plus dérangeant, plus exubérant, bien avant son final.


Au final, Kombucha fait pssscccchhhiiitttt...

Une idée, clairement.

Mais traitée de manière trop douce, trop contrôlée.

Un film de genre qui en manque, justement, et c'est une douce et triste ironie. Le court-métrage derrière doit être intéressant de par son format mais on voit que Jake Myers ne trouve pas son rythme sur la longueur.

RicowRay
5
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Créée

le 8 janv. 2026

Critique lue 70 fois

RicowRay

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