Il suffit d’une étiquette manquante pour qu’un monde bascule.
Un ours en peluche jeté à la décharge pour protéger un enfant asthmatique, une prière chuchotée dans la fièvre… et la forêt commence à vibrer autrement.
Avec Kooky, Jan Svěrák transforme une situation domestique en épopée miniature, quelque part entre le rêve d’enfant et le conte écologique.
Le film séduit d’abord par sa texture. Ici, les marionnettes évoluent dans des décors bien réels : la mousse est humide, la boue colle aux pattes, la lumière perce la canopée. Cette matérialité donne au récit une densité rare. Les créatures de la forêt, façonnées à partir d’écorces, de racines, de champignons ou de déchets récupérés, ne sont ni lisses ni “mignonnes”. Elles sont étranges, parfois disgracieuses, mais profondément cohérentes avec leur environnement. Face à elles, la petite peluche rose paraît presque artificielle, intruse synthétique au milieu d’un monde organique.
Le récit avance par poursuites et rencontres, mêlant aventure et contemplation. Plusieurs quêtes s’entrelacent : retrouver un foyer, préserver un équilibre fragile, maintenir une autorité vacillante dans cette société sylvestre. En filigrane, la santé de l’enfant fait écho à la vulnérabilité de son doudou.
Sans jamais appuyer, le film aborde la maladie, la séparation, la peur de perdre et la nécessité de grandir. Le message écologique affleure naturellement, porté par la beauté des paysages et par l’idée que tout, même les objets rejetés, peut trouver une seconde vie.
D’une sincérité désarmante, Kooky respire la terre, le bois et l’enfance. Un conte artisanal et vibrant, qui rappelle que l’imaginaire n’est jamais très loin : il suffit parfois de regarder à hauteur de mousse.