Bon, ben...j'ai vu 'Kraken' de Pål Øie. Le cinéaste norvégien délaisse ses forêts habituelles pour s'attaquer au mythe des abysses. Sur le papier, c’est une promesse de science-fiction organique et glaciale.
J'ai mis la moyenne, pas plus. Pourquoi ? Parce que le film tombe dans le piège du cinéma de la saturation. Pål Øie semble avoir oublié que pour filmer la peur, il faut savoir filmer l'invisible. Ici, la créature nous est jetée à la figure avec une lumière qui tue tout mystère. On nous bombarde de plans numériques au lieu de travailler le hors-champ. Pour ressentir le gigantisme, il faut que la mise en scène nous fasse éprouver notre propre vulnérabilité. Or, ici, tout est cadré avec une propreté clinique qui nous maintient à distance. C’est du cinéma de décorateur : les fjords sont magnifiques, la photo est léchée, mais il n'y a pas de regard singulier derrière la caméra.
Le scénario, lui, semble sortir d'un logiciel de narration automatique. On nous sert les éternels clichés sur l'expérience scientifique qui dérape et le trauma familial qui sert de moteur aux personnages. On nous raconte l'angoisse par des tunnels de dialogues explicatifs au lieu de nous la faire ressentir par l'image. C'est ce que j'appelle du remplissage dramatique : on essaie de donner une profondeur artificielle à des personnages qui ne sont que des pantins au milieu des pixels.
Au final, c'est un produit de luxe qui fait le job pour un samedi soir, mais qui ne cherche jamais à bousculer le spectateur. Techniquement, c'est irréprochable, le travail sur le son est massif et l'action est lisible. Mais c'est un produit de flux : une expérience de consommation qui s'évapore dès que la lumière se rallume parce qu'elle refuse de proposer une véritable vision de cinéaste. C'est propre, c'est poli, mais ça reste désespérément à la surface.