Kuberaa raconte une histoire qu’on aimerait voir devenir réelle. Le film expose la machinerie du blanchiment d’argent noir via sociétés écrans et prête-noms, pratique qui permet de recycler des quantités astronomiques d’argent, largement suffisantes pour sortir des populations entières des grandes villes indiennes de la misère. Que se passerait-il si l’un de ces hommes de paille, illettré, habitué à baisser les yeux et la tête et à s’excuser d’être vivant, prenait ceux qui l’utilisent à leur propre piège ? C’est ce que Kuberaa met en scène sous la forme d’un thriller.
Il nous emporte pendant près de trois heures d’histoire palpitante et bien rythmée, au cœur de processus profondément corrompus. Le film montre la suffisance de ceux qui détournent l’argent public et leur mépris total des vies humaines ; face à eux, Deva est un personnage immédiatement attachant, et la relation qu’il tisse avec Sameera, jeune femme rencontrée dans sa fuite, apporte une touche de légèreté bienvenue.
Kuberaa, ce n’est pas un simple thriller de divertissement : c’est d’abord la description d’une terrible réalité. Son histoire interroge l’usage de l’argent et la responsabilité morale des élites, même si elle laissera sans aucun doute indifférentes les personnes qui l’ont capitalisé et se moquent éperdument du sort de ceux dont l’existence n’est qu’un acte permanent de survie.