Des ouvriers sur une plateforme coulée en haute mer s’agitent : on vient de découvrir une quantité phénoménale de gaz au fond de l’océan ! L’excitation saisit tout le monde car voila la conclusion heureuse d’un programme très ambitieux lancé des années précédentes par le gouvernement indien – cherchant son autonomie énergétique - et qui a coûté une somme folle d’argent public. Mais le ministre de l’énergie et un très riche industriel vont manigancer un de ces tours pendables que savent si bien tricoter les ordures de droite : Ils font exploser la plateforme et se débarrassent du millier d’ouvriers avant que la nouvelle ne se répande. Suite à cet « accident », le gouvernement annonce l’échec et l’abandon du programme de recherche et vend pour une bouchée de pain l’exploitation à l’industriel, qui va, à son tour, arroser grassement le ministre et ses proches. Pour effectuer ces versements occultes, ils vont sortir de prison un agent des finances, honnête et incorruptible, mais qui purge une peine de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. Au pied du mur, cet agent accepte à contre cœur de dresser l’architecture financière pour que tout soit intraçable. Pour ça, il a besoin de 4 prêtes noms pour créer 4 compagnies fictives. Des gens illettrés qui ne comprendront pas ce qu’ils signent et qui ne risquent pas de faire de vagues. Ils récupèrent donc 4 mendiants, 3 hommes et une femme et, parmi eux, il y a Deva, incarné par l’incroyable Dhanush, probablement la bouille la plus charismatique du cinéma mondial actuel. Les circonvolutions scénaristiques vont mettre d’un côté le riche industriel et ses magouilles, ses hommes de main et son mépris indécrottable pour le peuple face à ce clochard céleste, bien décidé de récupérer tous les sous pour offrir à manger, une éducation et la sécurité sociale à tous les pauvres du pays. Sur la route semée d’embuches de Deva, perdu dans les rues de Mumbai, il va y avoir Sameerah, une jeune femme esseulée, rejetée par son mec, sa famille et ses amis, condamnée à errer sans but dans les rues de la mégalopole. Deux solitudes qui vont se croiser et faire des étincelles puisque la jeune femme est interprétée tout en œil noir et goule mutine par la géniale Rashmika Mandanna, la zouze qui nous avait tellement impressionnée dans le récent Pushpa 2. Alors bien sûr, comme il s’agit d’un gros film familial indien, l’intrigue politique et financière est complexe et épicée de fulgurances violentes (comme une séance de torture à la tenaille (ouille la quenotte en moins), un sale type qui se fait déchiqueter d’une manière tonique par une meute de bons chiens, un égorgement full frontal ou un front kick claquette dans la gueule d’un nourrisson qui doit à peu près avoir l’âge de la durée du film, un poil abusée tout de même, car plafonnant à 190 minutes. Clairement le film aurait mérité d’être un peu plus ramassé et condensé mais bon, quand on aime on regarde pas sa montre. Techniquement, le film est solide, la mise en scène ne brille pas forcément par sa virtuosité, mais elle reste tout à fait correcte, le soundtrack est, certes, peu inspiré, tout en étant assez efficace pour faire battre les semelles et dodeliner les têtes du début à la fin, le casting est dominé par Dhanush et Mandanna bien sûr, mais les autres personnages ne déméritent pas, notamment le film corrompu et assailli par le remord joué par Nagarjuna (qui incarna jadis le Siva de Ram Gopal Varma) ou le gros méchant, goulument interprété par Jim Sarbh (Padmaavat, Gangubai Kathiawadi). Globalement, c’est tout à fait correct, c’est donc franchement dommage que le film s’écroule un peu dans ses 20 dernières minutes sous les coups de boutoir d’une écriture totalement aux fraises et d’une conclusion pas très satisfaisante, plombée par un montage douteux et quelques bien étranges soucis d’étalonnage qui nous laissent penser que cette histoire a été pliée dans la douleur. Bien que précipitée un peu n’importe comment, cette conclusion tire en longueur pour achever laborieusement ce qui était, jusqu’ici, une intrigue fort bien tricotée, jouissive malgré des sous titres souvent aléatoires handicapant un peu le spectateur attentif qui voulait capter tous les tenants et tous les aboutissants de cette édifiante histoire. Ratée, cette fin n’arrivera pourtant pas à plier la bonne humeur et la banane d’andouille réjouie qui s’est vissée sur nos tronches ébahies par la présence, à nouveau incroyable, de Dhanush et culminant dans l’unique passage dansé du film, pinacle merveilleux d’un film généreux où les méchants et les ordures auraient pu être jouées par Bernard Arnauld, Bolloré, Sarkozy, Wauquiez, Balkany, Coppé ou François Fillon si toutes ces crapules avaient eu un poil de charisme. Dans l’esprit de Vaathi (déjà avec Dhanush) ou de Jawan (avec SRK), qui balançaient toute la sauce qu’ils pouvaient pour défendre l’école et les services publiques, Kuberaa (le Dieu de la richesse) est une charge élaborée et émouvante contre la privatisation des richesses nationales où l’on fustige une poignée de crapules capitalistes et mafieuses qui s’accaparent tout ce qui devrait appartenir à tous et opèrent la privatisation de ce qui devrait être un bien commun. Le cinéma tamoul/telugu, même imparfait, même un peu branlant ou un poil trop long danse sur la tête des capitalistes arrogants et puisque les héros du peuple sont immortels alors Dhanush est à jamais dans le cœur du peuple uni qui ne sera jamais vaincu !