Chacune de mes rares expériences avec le cinéma fantastique japonais m'a passionné et surtout fasciné, alors lorsque Kaneto Shindō s'intéresse à de vieilles légendes de son pays pour mettre en scène The Black Cat, ça en devient forcément intrigant.
Ici, il met en avant la thématique de la vengeance par le prisme de deux femmes réincarnées en chats après avoir été violées et tuées par un groupe de samouraïs, puis qui vont chercher à tous les tuer. The Black Cat m'a beaucoup fait penser à Onibaba, et ce dès l'introduction mais aussi régulièrement dans l'histoire, voire même quelques effets de mise en scène, à l'image des gros plans sur la nature.
Pourtant, celui-ci m'a plutôt déçu, notamment dans le travail sur l'ambiance, où c'est loin d'être transcendant, il n'y a moins d'utilisation des éléments sonores ou naturels qu'il y avait dans Onibaba. C'est aussi dans les personnages que l'oeuvre déçoit un peu, où ils ne semblent pas réellement vivre la situation, on y croit moins, et on ne ressent pas vraiment la dramatisation autour d'eux, alors qu'ils sont intéressants, notamment par la façon dont ils sont décrits où ils se cachent derrière un statut pour mieux commettre des crimes.
Pourtant, The Black Cat est loin d'être mauvais, il y a une vraie maîtrise derrière la caméra, et on pourra apprécier les dilemmes du samouraï devant rechercher les assassins, tout comme l'aspect de la vie, ne jamais abandonner et toujours se battre. Cette, finalement, lutte des classes fantastique renvoie aussi vers la réalité du Japon de l'Après-Guerre, les effets de la Guerre, le désir, surement, de se venger de ce qu'il s'est passé, et tout cela il le traite avec une certaine subtilité, à l'image des paysans préférant piller les morts plutôt que les enterrer.
Il arrive à instaurer une vraie tension, plutôt constante jusqu'à un film finalement terrifiant, où l'Humain se retrouve face à un choix compliqué dans un pays où l'honneur est primordial. Derrière la caméra, il montre un talent certain, malgré quelques excès au niveau des zooms, comme peut en témoigner son habileté à jouer avec l'obscurité puis la clarté. Les comédiens sont, dans l'ensemble, remarquables et arrivent à retranscrire les sensations qui les guident, que ce soit la vengeance, la justice ou l'amour.
Kaneto Shindo propose avec The Black Cat une oeuvre tendue, placée sous le signe de la vengeance et du fantastique, avec plusieurs degrés de lecture et une vraie maîtrise derrière la caméra, pour un film parvenant finalement à être fascinant et intense.