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Encore novice dans le cinéma de Bertrand Tavernier, Capitaine Conan et In the Electric Mist étant pour le moment mes seules incursions, j’ai encore bien du mal à situer le réalisateur en termes de style et d'appétence thématiques. Mais la promesse de la découverte du milieu policier au tournant des années 90 touche au personnel pour moi. Car mon père était flic (comme le sien avant lui), ayant fait ses débuts en tant que gardien de la paix, avec même pas le brevet des collèges en poche, avant de se donner un coup de pied au cul et de plancher pousser les concours d’officier, puis grimper les échelons jusqu’au poste de commandant (là où démarre mes souvenirs de sa carrière).


Ce que raconte L.627, par son approche quasi documentaire d’une exploration sociale de la police, ça me parle. Par les anecdotes racontées par mon paternel au travers des années, par ses collègues et amis que j’ai pu rencontrer, par mon stage de troisième au sein de son service, j’avais l'impression d'avoir déjà rencontré Lulu, Dodo, Manu et autres Looping. L’impression de me plonger dans une nostalgie qui n’était que partiellement mienne.


Et comme dans mon observation personnelle, Tavernier joue de l’ambivalence de ce métier. Car d’un côté, d’un point de vue extérieur, on voit une bande de beaufs qui glandent, picolent de bon matin, s’adonnent au racisme banal, violente gentiment les personnes appréhendées et pelotent la seule nana du service comme une petite blagounette. Un portrait peu reluisant des fonctionnaires qui aura tôt fait de rappeler que, a fortiori, la critique des agents de la paix n’est pas (Caze)neuve.


Mais parallèlement à cela, Tavernier énumère également les raisons de cette déliquescence beauf et dangereuse entre ces mains qui détiennent un certain pouvoir. Il montre des hommes (et une femme) dont le quotidien est fait d’un enfer administratif, du courroux permanent de la hiérarchie et du public, d’une absence de gratification. Être flic, c’est aussi être prêt à s’en prendre plein la gueule pour des clopinettes. C’est se retrouver là car on savait pas trop quoi faire et que la porte d’entrée était grande ouverte (“quelles études?”), à défaut de proposer une fois dans les forces d’avoir budget, soutien, et marge de manœuvre.


Alors comment y croire encore? Par les compromissions de Lucien, qui laisse couler les saloperies de ses collègues en espérant donner un sens à tout cela, on comprend bien que la tâche est rude, et qu’elle peut venir à bout du plus fervent des idéalistes (que Lulu n’est d’ailleurs clairement pas). Que si la situation était déjà telle qu’elle il y a 35 ans, on ne s’étonnera guère de la dangereuse dérive extrémiste de la fonction sous les impulsions successives d’ordures comme Sarkozy, Hortefeux, Darmanin et autres Retailleau. Que l’effet de groupe écrase l’individu initialement bien intentionné.


Seulement voilà, la répétitivité des situations présentées par Tavernier et la longueur injustifiée du métrage qui a bien 45 minutes de trop ont eu raison de mon enthousiasme initial, malgré sa teneur intime. L’approche sociale s’empêtre dans une redondance et une lourdeur qui noient le poisson et font par retour de tonfa de L.627 une œuvre assez vite oubliée.


Créée

le 19 juin 2025

Critique lue 15 fois

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