Je ne m’aventurerai pas ici à faire la comparaison avec le roman éponyme, j’ai ouvert bien des bouquins dans ma vie mais jamais un seul d’Ellroy. Mais je suppose que ça viendra. Tout ce que je sais, c’est que James Ellroy a la réputation d’abhorrer systématiquement tous les films qu’Hollywood tire de ses livres (Cop, Dark Blue, Le Dahlia noir, Au bout de la nuit).


Sorti en 1997, à une époque où Hollywood avait encore beaucoup plus à offrir que des franchises de héros en lycra ou de monstres en CGI, L.A. Confidential fit l’effet d’un petite bombe dans le panorama cinématographique de l’époque. Non pas qu’il cartonna en salles, mais le film de Curtis Hanson (modeste réalisateur de thrillers plutôt efficaces comme La Rivière sauvage) sut se réapproprier les codes du film noir d’antan à une époque où le genre du thriller policier était plus tourné vers le film de psychokillers (Le Silence des agneaux, Seven, Copycat, Bone Collector) à tendance néo-noirs pour certains (Seven, 8mm). Ce n’était pourtant pas le seul cinéaste à s’y être essayé durant les années 90. Hormis des films plutôt médiocres comme Les Hommes de l’ombre, on retiendra surtout le méconnu et mésestimé The Two Jakes de Jack Nicholson, suite du mythique Chinatown de Roman Polansky.


Avec L.A. Confidential, Hanson aura su faire comme Polanski en son temps : redonner un souffle au film noir, en en réutilisant parfaitement les codes au sein d’une intrigue tortueuse à souhait se déroulant dans les années 50, baignant dans une ambiance urbaine poisseuse et torride, et peuplée de figures toutes aussi ambivalentes les unes que les autres.

Porté par un trio d’acteurs inoubliables (la star Kevin Spacey, ainsi que Russell Crowe et Guy Pearce alors tous deux méconnus à l’époque) et la présence de la "revenante" Kim Basinger, que l’on avait pas revu à l’affiche d’une production d’envergure depuis quelques années, le film suit les trajectoires des policiers Ed Exley, Bud White et Jack Vincennes. Ambitieux au point de balancer ses collègues pour une promotion, Exley vient d’être fraichement promu inspecteur de la criminelle, marchant sur les traces d’un père assassiné en service par un homme qui n’a jamais été pris, un fantôme auquel Exley donne le nom de Rollo Tomasi. Brutal et plus impulsif que cérébral, Bud White, lui, est un flic des moeurs, traumatisé par un père violent. Sa colère larvée et sa soif de justice le pousse souvent à user de méthodes peu orthodoxes, notamment lorsqu’il s’agit de "calmer" les enflures battant leurs femmes. Il sert aussi de gros bras lorsqu’il faut tirer les vers du nez d’un suspect. Quant à Jack Vincennes, il est un détective des stups cynique et blasé. Rusé comme un renard, évoluant dans une faune hollywoodienne gorgée d’hypocrisie, ce flic aux goûts mondains collabore avec un scribouillard de presse à scandale (Danny De Vito) pour piéger certaines stars qu’ils s’arrangent pour prendre sur le fait d’adultère. Mais le meurtre d’un jeune gigolo (Simon Baker, pas encore Mentalist) qu’il a manipulé pour coucher avec un politicien va tout remettre en cause. D’autant plus que bientôt, un massacre est commis au Nite Owl Diner (L’Oiseau de nuit en français) où se trouvaient plusieurs clients, dont un ancien flic. Alors que les coupables tout désignés (un gang de truands afro-américains) sont arrêtés et interrogés, Exley ne croit pas à leur culpabilité dans cette affaire et soupçonne très vite une conspiration. Faisant part de ses doutes à Jack Vincennes, les deux hommes s’associent pour enquêter sur ce qui a de pourri à L.A. Et il semblerait bien que cela ne vienne pas des bas-fonds sordides de la ville mais plutôt de ses plus hautes sphères. Leur piste les mène droit vers un riche proxénète, dont une des prostituées de luxe Lynn Bracken, remodelée pour être le sosie de Veronica Lake, entretient une liaison avec Bud sans pour autant laisser Exley indifférent.


Particulièrement bien écrit, le film réussit à faire cohabiter trois trajectoires de flics anti-héroïques aux caractères résolument différents, évoluant au sein d’une intrigue trompeuse en diable tant la pègre n’y est pas ce qu’elle semble être. Dès l’ouverture du film, l’indice nous est d’ailleurs donné. Une guerre des gangs pour le contrôle du crime organisé a éclaté suite à la chute (temporaire) de Mickey Cohen. Plusieurs gangs de le ville se sont vus annihiler. Mais entre quelles mains est alors tombé le crime organisé ? La révélation sera aussi surprenante qu’un coup de feu, lorsque, à mi-métrage, le script sacrifiera contre toute attente un de ses principaux protagonistes. Le piège tendu par ce dernier à son meurtrier, sous la forme d’une confession sybilline, le fameux "Rollo Tomasi", soufflée sourire aux lèvres au seuil de la mort, entrainera la perte de son insoupçonnable confesseur, figure vieillissante et tutélaire dont on ne pouvait douter de l’intégrité. Et c’est dans une alliance envenimée par l’amour voué à une même femme que les deux autres anti-héros du film feront tomber à eux-seuls les coupables au terme d’une fusillade d’anthologie.

Il suffira de se renseigner pour comprendre que l’intrigue du film n’a pas grand chose de fictive, Los Angeles ayant longtemps été le haut-lieu de la corruption policière suite à la chute de Mickey Cohen.


Porté par un casting impérial (aux quatre vedettes suscitées viennent s’ajouter Danny De Vito, David Strathairn, Ron Rifkin et James Cromwell), parfaitement scénarisé par Brian Helgeland lequel deviendra par la suite un excellent réalisateur (Payback, Legend), et sublimé par la mise en scène inspirée de Curtis Hanson, lequel a pu s’appuyer sur une superbe reconstitution d’époque, L.A. Confidential reste encore aujourd’hui un des plus grands polars noirs, toutes époques confondues.

Si les deux oeuvres ne sont pas vraiment comparables dans le genre dont ils se réclament (l’un étant un polar d’époque, l’autre un film noir), la réussite du film de Curtis Hanson fait penser à celle des Incorruptibles de Brian De Palma, lequel, sorti dix ans plus tôt, arrivait lui aussi à faire co-exister un beau parterre de protagonistes partant en guerre contre la pègre, l’hypocrisie et la corruption de toute une ville. Mais pour une fois, pas de femme fatale chez De Palma. Au contraire de cet L.A. Confidential, qui réussit entre autres exploits à rapporter à Kim Basinger, un Oscar mérité pour ce qui reste probablement son meilleur rôle. Et à propulser la carrière de deux acteurs de grands talents, Guy Pearce et Russell Crowe. L’un deviendra une star au détour d’un immense péplum, l’autre, moins connu, alignera les rôles de belle envergure. Et tout cela grâce aux secrets crapuleux de cette bonne vieille Cité des anges.

Créée

le 9 juil. 2025

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