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L'argument de vente de L'âge d'or, ce qui est sensé faire l'originalité et l'intérêt de ce premier film, c'est son utilisation des images d'archive. Il est possible que le film ait été conçu comme un jeu de piste pour le spectateur, qui devrait alors retrouver quel plan est tiré d'une banque d'image, quel plan a été tourné par l'équipe, dans quel plan l'actrice a été incrustée sur une archive, etc. Précisons-le d'emblée, ce n'est pas du tout la manière dont j'ai regardé L'âge d'or. J'étais peut-être un peu trop fatigué, mais dès que le carton inaugural expliquant le procédé de tournage passé, je me suis empressé de l'oublier pour m'immerger dans l'histoire. Avant de me rendre compte le lendemain que je n'avais pas été le plus attentif des spectateurs.
Mais même si je suis un imbécile incapable de percer à jour les effets spéciaux les plus simplistes, ma légère distraction est révélatrice à mon sens de la première grande qualité du film : sa capacité, justement, à mettre son esthétique au service de son récit. L'âge d'or n'est pas (qu')un exercice de style : Bérenger Thouin utilise aussi l'archive pour pallier au faible budget de sa production, et passer outre l'effet cheap que peuvent renvoyer bon nombre de productions historiques, notamment françaises (Bruno Reidal, Les caprices de l'enfant roi, Mademoiselle de Joncquières et j'en passe). Thouin peut donc se permettre de montrer des décors imposants, des foules entières, des références à des points précis de l'histoire du vingtième siècle, tout en faisant évoluer ses personnages sans aucun problème au milieu de tous ces éléments. Et justement, l'histoire de Jeanne de Barante, l'anti-héroïne du film, est totalement soumise aux soubresauts du début du vingtième siècle : sa vie est marquée par des traumatismes dus aux deux guerres mondiales, par l'envie révolutionnaire du mouvement anarchiste, par le retour au capitalisme triomphant dans les années 30 et les grèves ouvrières qui l'accompagnent. Sa vie d'aventurière est indissociable de son époque, un peu comme une Barry Lindon du vingtième siècle. Et c'est une vie marquée par les rencontres qui nous est racontée : les deux grands amours de Jeanne, Guillaume et Céleste, arrivent dans sa vie, partent, reviennent par hasard ou non, meurent peut-être ou alors partent à nouveau et reviennent encore. C'est une vision très moderne des relations humaines qui est défendue : les personnes qui nous marquent vont et viennent de notre vie, sont plus ou moins présentes selon les périodes, les humeurs, et parfois sont de retour après vingt ans d'absence, après pourquoi pas le simple hasard d'une rencontre. Et ce sont les proches de Jeanne qui font en partie d'elle ce qu'elle est, qui lui donnent sa richesse et une partie de sa force, mais aussi de sa faiblesse qui est tout aussi grande.
Car Jeanne est un personnage d'une grande complexité morale, à l'image encore une fois d'un Barry Lindon, et donc une parfaite héroïne de rise and fall. Femme libre et puissante, bisexuelle dans un vingtième siècle plus qu'hétéronormé et patriarcal, fréquentant de près les milieux anar, transfuge de classe ultime, mais aussi patronne exploitant ses employés, et puis collabo tondue à la libération. La mise en scène a beau être extrêmement posée, faite de plans fixes et d'ellipses, la vie qui nous est montrée ressemble à un tourbillon. C'est la beauté et la puissance de ce faux biopic : pas sûr qu'il y ai eu dix personnes dans l'histoire de l'humanité qui aient eu une vie aussi passionnante, et pourtant l'impression est donnée de n'avoir assisté qu'à une existence comme les autres, avec ses amours, ses deuils et ses joies, à la banalité presque confondante.
Créée
le 30 août 2026
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