De Kleber Mendonça Filho, l'un des réalisateurs contemporains les plus intéressants, on ne pouvait s'attendre à une simple fresque historique d'un grand classicisme formel.
C'est évidemment chose faite avec cet Agent Secret, qui porte volontairement mal son nom, dont l'ambition folle et le caractère monumental ne provient pas tant de son fil rouge principal (intrigue policière historique qui pourrait se résumer rapidement) que des circonvolutions de son scénario, dont l'ampleur nait de ses sauts temporels et exigeantes digressions. En grand créateur, Mendonça multiplie les images entêtantes (d'un cadavre qu'on laisse se décomposer lors d'une ouverture hypnotisante, à une grotesque jambe poilue et vengeresse, en passant par un chat à deux visages) et, dans un même mouvement paroxystique et pourtant d'une grande cohérence, multiplie également les genres (du thriller au mélodrame familial en passant par l'absurde) et les personnages, pour donner autant de plis et de profondeur à son film, et autant de visages (celui de l'excellent Wagner Moura en tête) à une résistance heroïque auquel il rend un hommage sincère et émouvant.
Œuvre hantée et étrangement sexy, dont on n'a pas fini de ressasser les sensations complexes et cauchemardesques qu'elle provoque, L'Agent Secret est résolument l'un des grands films de 2025, et probablement aussi du quart de siècle qu'elle ouvre.