Sur la forme c’est tout d’abord un film qui interpelle, et séduit, le réalisateur sachant varier des plans à-la Sergio Leone, notamment la première scène avec des travellings très western 1970’s (en lien avec la période d’action du film ?) et d’autres moments plus intimes, avec un plan presque statique lors de la très belle dernière scène. Sa palme de Cannes est toute méritée.
Devrait-on y voir une thèse sur l’évolution du Brésil sur ces 50 dernières années ? Ce serait un peu optimiste que de croire que le message de Kleber Filho est que le Brésil va très bien, sinon pourquoi sortir cette œuvre importante aujourd’hui si ce n’est pour dénoncer la dictature façon 1979’s de manière frontale, et indirectement, ses héritiers contemporains (Jair Bolsonaro & son fils Flavio). Ce n‘est peut-être pas non plus un hasard si le thème père-fils revient si souvent dans le film.
Des acteurs magnifiques, une intrigue haletante (même si à tête reposée, on ne comprend pas trop certains développements à commencer par son voyage de départ, d’où vient-il ?) et surtout une déclaration de guerre à la dictature et tous ses impacts : corruption de tous les niveaux (la première scène du contrôle routier comme amuse-bouche), de la justice (la bourgeoise coupable d’homicide involontaire), de la police à plus haut niveau (Euclides et ses « fils » dégénérés) et bien sûr de l’entreprise représentée par l’infâme italiano brésilien, Gherotti. Un petit relent de Goodfellas, de racisme et presque tous les clichés des méchants d’extrême droite sont bien réunis (étrangement, les États Unis sont épargnés cependant, peut-être que la distribution aux USA compte, qui sait).
En tous cas, cela marche, on y croit, et une fois accepté le postulat politique (qui fait souvent de meilleurs films que la propagande capitaliste) on se laisse porter et on passe plus de 2h palpitantes. Malheureusement, pas 2h40, car plusieurs scènes dont délayées et quant à la jambe, il faudra expliquer son intérêt, mais pas dans un autre film avec l’autre jambe. Est-ce la métaphore de la répression policière ? Ou un pied de nez au requin ? Enfin, c’est un peu inutile et globalement dilue le message sans apporter grand chose.
Que d’acteurs, tous splendides dans leurs styles, beaucoup de chemises ouvertes sur des ventres proéminents, de belles femmes aux cheveux au vent, et des assassins aussi beaux que cruels. Le Brésil un peu loin de Copacabana mais comme on peut l’imaginer à cette époque et si représentatif de tous les systèmes de corruption organisée.