Je me réjouissais à l’avance d’aller voir le dernier film de Kleber Mendonça Filho dont j’avais beaucoup aimé le film Aquarius il y a dix ans. Si je ne suis pas déçu, je ne suis pas enthousiaste pour autant. Kleber Mendoça est un cinéaste de Recife. Tout dans ce film ramène à cette ville. Le rythme de la vie, le désordre — ici accentué par le carnaval — et même l’accent des gens moqué par un des protagonistes du film qui vient du Sud censé représenter un brésil évolué opposé aux « ploucs » du nordeste brésilien. La première qualité du film réside dans son rythme lent et le flou des qui entoure le dérouler du récit. On comprend vite que le Brésil des années 70 est celui de la dictature. Le film évite la caricature et montre la frontière floue entre l’affairisme, le crime organisé et les intérêts politiques. On ne sait pas, au début, quelles sont les raisons qui forcent le personnage principal à fuir. On comprend assez vite qu’une résistance existe en faisant la connaissance de plusieurs personnages déviants aux yeux des autorités. Une filière d’évasion existe, possible porte de sortie pour le personnage principal interprété par Wagner Moura qui prête ses traits à Marcelo, veuf et père qui fuit des tueurs.

La narration fait des allers-retours entre le passé et le présent de l’action avant même de faire un bond en avant vers notre époque. Tout cela déstabilise le spectateur qui a du mal à raccrocher les époques et à comprendre le « pourquoi » de la fuite durant une partie du film. Cette narration un poil décousue nuit à la compréhension et c’est dommage. Le film est long, car il faut du temps pour faire sentir l’emprise constante et parfois subtile d’une dictature des tropiques, ce que le metteur en scène réussit par petites touches un poil désordonnées. La galerie de personnages est riche et profonde. Les seconds et troisièmes rôles sont vraiment intéressants, aucun n’est artificiel. Chacun est à sa place sans fausse note. Les personnages féminins incarnés par Maria Fernanda Candido Alice Carvalho et la superbe Tânia Maria sont pleins d’une humanité qui jaillit de chaque scène. Et puis, comme c’est un film sur la dictature, il faut des méchants et ceux-ci sont particulièrement réussis. Robério Diógenes en commissaire de police véreux est criant de vérité. Côté technique, il faut souligner la photographie et la lumière qui sont simplement parfaites. L’agent secret n’est pas le meilleur film de l’année, mais il confirme que le brésil sait utiliser sa douloureuse histoire pour faire de bons films.

SaintPol
7
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le 21 déc. 2025

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