Un film étonnant. C'est l'adjectif qui vient en tête, à commencer par le titre, puisque ce dernier ne correspond effectivement pas au scénario, mais fait référence à un extrait du film "Le Magnifique" avec J-P Belmondo.
Le scénario, plutôt simple, est enrichi par de grands enseignements historiques, sociaux et politiques sur le Brésil, à l'époque de la dictature des années 1970. Un homme dans sa coccinelle jaune, est en route pour Recife pour retrouver son fils. Il doit fuir des tueurs à gage qui en veulent à sa peau. Il va trouver protection auprès de Dona Sebastiana, dans un immeuble hébergeant d'autres personnes considérées comme hostiles au régime.
Le film tient la prouesse de relever du thriller, de la comédie, du film historique, avec même une scène prenant l'allure de science-fiction. Un film "rubik's cube" en quelque sorte: à la fois en vertu de son ton coloré et aussi parce que les pièces du scénario se mettent petit à petit en ordre, d'un point de vue du récit mais aussi chronologique. Nous plongeant dans la ville de Recife en 1977, le film se déroule sur trois niveaux (époque contemporaine et quelques années avant 1977). Le mélange des genres atteint son apogée avec une scène ahurissante introduisant un jambe poilue (oui, vous avez bien lu). Il faut donc un peu de connaissance historique - voir cette interview avec le réalisateur Kleber Mendonça Filho - pour comprendre les références et les symboles, tout droit tirés du climat de corruption et de violence policière à cette époque.
Sa richesse tient aussi à ses lieux, qui facilitent la compréhension du récit, avec un choix subtilement symbolique: il y a le lieu de travail trouvé par le personnage principal sous une fausse identité, qui est en fait un établissement délivrant les pièces d'identité; le cinéma tenu par le beau-père, montrant les dents de la Mer, et l'immeuble qui abrite les passions politiques et personnelles.
Un film très fort, avec un acteur principal, Wagner Moura, tout aussi impressionnant et convaincant, qui joue son rôle et plus, par-delà les générations.