Faux film d'espionnage, L'Agent secret n'en est pas moins un grand film paranoïaque, mais surtout un très beau film-mémorial en hommage aux victimes de la dictature. Sa longueur et sa lenteur permettent à chacun de ses personnages hauts en couleur d'exister pleinement et de marquer nos mémoires. C'est aussi un moyen de déployer un récit exubérant, tout en ruptures de ton et de chronologie, un récit qui flotte, volette et surprend sans cesse. Certaines scènes a priori anodines s'étirent jusqu'à l'absurde, d'autres qui paraîtraient essentielles sont coupées (la mort du personnage principal), d'autres encore semblent avoir atterri là par accident et appartenir à un autre film (l'histoire de la jambe meurtrière)... Tout n'est pas toujours réussi, mais le résultat est indéniablement original sans chercher à épater, intelligent tout en évitant la cérébralité, cherchant plutôt la légèreté, la fantaisie, sans avoir peur non plus de se confronter à la tragédie.