Un film surprenant.
L’un des objectifs du réalisateur est ici de perdre le spectateur afin d’instaurer une angoisse normalisée, essentielle à un film de crime et de mystère. Il y parvient brillamment durant la première heure grâce à une succession de personnages sans liens les uns avec les autres. Il nous égare également par un mélange de registres : le tragique à travers Fatima, le lyrisme avec la voisine, le polar avec la jambe, le suspense liés aux tueurs à gage, et même le fantastique avec le chat. On y découvre ainsi des personnages atypiques et attachants : le pompiste, Dona, le commissaire, les grands-parents.
Visuellement, L’Agent Secret est séduisant et chaleureux. Photo vintage, couleurs vives et un choix de costumes remarquables, qui donnent l’envie de ne plus jamais mettre une chemise en fermant les boutons. Cette beauté crée cependant une dissonance cruelle avec le contexte de la dictature militaire brésilienne (1964-1985), marquée par la chasse aux communistes, la corruption, la passivité collective et les fragmentations sociales et géographiques. Une violence sourde et normalisée traverse ainsi un Brésil pourtant magnifié à l’écran.
La musique locale, festive, donne envie de danser et et contraste avec la noirceur du propos. Les bruitages et le maquillage sont très réussis, particulièrement lors des scènes sanglantes qui donnent au film un côté déroutant et grotesque que j’apprécie beaucoup.
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POINTS NÉGATIFS
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Malheureusement, 2h40 est trop long. La scène fantastique de la jambe aurait pu être supprimée : si elle trouble et déstabilise, elle éloigne le spectateur de la trame principale et étire donc inutilement le film.
De même, je n’ai pas aimé tout ce qui se passe dans notre présent. Le thème du devoir de mémoire n’est que vaguement abordé, et les deux archivistes apparaissent par des coupures bien trop brusques. L’Agent Secret s’impose avant tout comme un film de crime, de drame et de mystère ; la question mémorielle étant ici largement secondaire.
La nouvelle génération est peut-être obsédée par internet, mais elle sait pertinemment qu’il est inutile d’utiliser google pour trouver des informations sur une personne non célèbre décédée en 1977. De plus, il faut minimum 4 ans d’étude pour être archiviste au Brésil (depuis 1990). Un détail, mais qui nuit à la crédibilité des personnages.
La fin est par ailleurs décevante : elle n’est pas à la hauteur du reste. Dommage que le fils ressemble comme deux gouttes d’eau à son père joué par Wagner Moura (c’est lui).
Et pourquoi ce titre ?