A la mort de Napoléon, des officiers nostalgiques complotent pour installer son fils sur le trône. On les appelait les demi-solde pendant la Restauration et, sous la réalisation anesthésiante de Roger Richebé, Ils figurent au mieux une amicale d'anciens combattants.
L'auteur du roman (adapté, étonnamment, par Marcel Pagnol) voue probablement un culte à Napoléon et à la Grande armée parce que le conjuré en chef, le colonel Montander, et ses amis sont vraiment des types comme on n'en fait plus sous Louis XVIII : du courage et de la loyauté à toute épreuve, un sens de l'honneur chatouilleux et le mépris de la mort. Au point que le film prend souvent un tour emphatique quand les personnages radotent le bon vieux temps avec le "patron" ou déclament leur inextinguible fidélité à son souvenir.
"L'agonie des aigles" est un beau titre ; mais la métaphore puissante se décline dans un scénario étriqué et bavard, une très simpliste intrigue d'espionnage d'une portée historique et politique insignifiante. La mise en scène, tout en intérieurs, figée dans ses costumes d'époque, annonce les ternes dramatiques de l'ORTF. Et puis, il y a le rôle féminin du film, d'un romanesque outré et complètement décalé, dévolu à Annie Ducaux, dont la prestation théâtrale grossière provient de l'expressionnisme du cinéma muet.