En grand amateur du cinéma américain, Philippe Labro pond un film d’action à l’Américaine où le personnage principal est un chasseur de primes tel qu’il n’en existe pas en France. Voilà donc un film à la Bronson made in France avec notre Bébel national, gommé de ses habituelles facéties et autres cabotinages, dans des paysages grisâtres et ternes qui sentent la pluie, le brouillard, le bitume et la boue. Sur un fait divers autour d’un réseau d’évasion, Philippe Labro construit un récit où les intrigues s’imbriquent à tel point que la chasse à l’Épervier, présenté comme l’antagoniste principal dès le début du film, est parfois placé en arrière-plan. Ce que cette intrigue tout en digressions gagne en rythme, elle le perd évidemment en profondeur, les différents personnages étant sagement catalogués sur la base de leur rôle dans l’histoire. C’est dommage mais cela fonctionne bien, permettant à Bruno Crémer d’incarner un personnage étrange, froid et cruel.


En face de lui, Belmondo est l’homme d’action et solitaire, plus taciturne qu’à l’accoutumée même s’il conserve sa personnalité avenante. Pas trop de cascades mais, comme les films d’action américains des années 70, simplement quelques envolées de violence parfaitement maîtrisées, la séquence de la fusillade à l’auberge en tête. Dans une ambiance western très américaine, mais aussi par moments italienne (les gros plans sur les yeux des deux hommes qui vont s’affronter dans la dernière scène), le film gère avec une très grande efficacité ses moments de tension. Brocardé à son époque par les milieux du cinéma, Philipe Labro démontre un véritable savoir-faire teinté de multiples clins d’œil éclairés et pertinents dans ce film exclusivement masculin où pas une femme ne joue le moindre petit rôle.


Il en résulte une très bonne série B avec des acteurs parfaitement à leur aise et un rythme qui va croissant. La musique de Michel Colombier est l’illustration même de ce que peut apporter une excellente partition à un récit afin de rendre l’ensemble plus percutant et tendu. Tout ceci est, bien entendu, caricatural et invraisemblable par endroits mais c’est le genre même qui demande ces excès. Ce qui compte, ici, c’est l’efficacité du résultat et, force est de constater, que le film fonctionne très bien tel qu’il est malgré ses imperfections.


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le 19 févr. 2024

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PIAS

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