Film modianesque (si on m'autorise cet éponyme) où on parle d'un jeune couple, célibataire géographique, l'un à Paris, l'autre à Brest, l'un marin : Daniel, l'autre secrétaire : Geneviève. Ils ont la vingtaine, s'aiment, du moins le croient ils. Ils entretiennent leur flame à la lueur des courriers qu'ils s'échangent. On y côtoient le doute, l'ennuie, l'espoir. On baigne dans le spleen, la nostalgie du Paris des Dauphine, Aronde et autres DS, l'errance, les ambitions contraintes.
A la fois en couleur et en noir et blanc, sont fixés sur la pellicule les moments du quotidien de l'époque, les sentences de zinc, le miroir du pavé mouillé, les échappées de bouches de métro, les étincelles de Pigalle. Gorgé de généreux caméos (Brially, léaud, Delon, Greco,...) l'histoire serpente sur une période fixe voyant succéder les saisons, les atmosphères, les situations et les esquives. La jeunesse c'est l'insouciance dit-on, Daniel refuse de choisir, Geneviève se résigne. Lorsqu'on n'a pas d'idéale on est condamner à fuir.
Effectivement il y a du Modiano dans les rencontres hasardeuses, dans les anecdotes bancales, dans la quiétude dramatique, celle des blessures de l'âme. Si on est sensible au grand écrivain, on aimera cette plongée nostalgique dans un Paris de l'après guerre d'Algérie, un Brest dévoré par son arsenal, un amour victime de sa solitude.