Dans L’amour existe, Maurice Pialat détourne le film documentaire de sa fonction explicative pour en faire un réquisitoire moral. Là où l’époque célèbre la banlieue comme promesse de confort et de progrès, le film montre un paysage sinistré. La modernité n’y est pas une conquête, mais une dépossession.


Ce qui m’a frappé, ce n’est pas tant la critique de l’urbanisme que celle de ses effets intimes. La voix off, sèche et implacable, refuse toute consolation sociologique. Elle accuse une organisation de l’espace qui fabrique de la mort en série. En 1960, il me semble que ce regard n’est pas commun. Là où les médias institutionnels et le cinéma industriel relaient largement une vision optimiste, Pialat brise le consensus modernisateur et hurle le prix humain du béton et de la rationalisation.


L’amour existe n’annonce pas encore une révolte politique, mais il formule déjà une mélancolie radicale. En cela, le film est moins un document sur la banlieue qu’un avertissement : on peut loger des corps sans jamais habiter des vies.

Odenuum
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le 5 janv. 2026

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