La jeune Stanley Timberlake a décidément le vice dans la peau. Non seulement elle est égoïste et cupide mais en plus -ce sont les deux faits essentiels de ce drame familial- elle s'enfuit avec le mari de sa sœur avant que de faire
accuser un jeune noir de l'accident de voiture qu'elle a commis.
Bette Davis trouve ici un rôle à sa mesure, un emploi de méchante comme elle en a tant tenu, tandis qu'Olivia de Havilland, son angélique sœur dans le film, incarne son contrepoint moral. Les deux actrices, par la conviction qu'elles mettent dans leur personnage, sont pour beaucoup dans l'intérêt qu'on porte à ce film inégal qui ne semble pas avoir passionné John Huston.
Le début de "In this our life" est même plutôt mièvre et il s'y découvre les accents grossiers des mélos littéraires au féminin. Les personnages qu'on rencontre ici sont très univoques : ils sont forts ou faibles, sages ou pas, affichent un caractère moral sans nuances. Cette simplicité contribue à l'efficacité narrative mais détermine aussi les limites du film. Car c'est précisément parce que les protagonistes de cette mini-saga familiale sont intéressants, ou pourraient l'être, que l'on regrette, une fois n'est pas coutume, trop de concision. Le personnage de Bette Davis, au moins celui-là, méritait qu'on s'y attarde davantage.
Entre étude de mœurs, drame psychologique et roman noir, Huston semble hésiter, de sorte que le récit n'a pas toujours la rigueur souhaitable. Le cinéaste ne confirme pas le coup de maitre qu'est son film précédent, son premier, "Le Faucon maltais".