William Irish détestait cette adaptation de son roman éponyme, lui-même résultat de l'agrégat de deux nouvelles précédemment publiées, un procédé utilisé plusieurs fois par le grand écrivain américain. Pourtant si le scénario du film ne rappelle l'intrigue du roman que de façon lointaine, les thèmes chers à Irish (Cornell Woolrich de son vrai nom) n'ont peut-être jamais été aussi bien rendus à l'écran. Tout y est ou presque: un homme et une femme entraînés dans des événements qui leur échappent, un mystère toujours plus épais au fur à mesure d'une enquête qui déjoue toutes les attentes du spectateur, pour finir avec une formidable scène expressionniste où les hallucinations alcoolisées du personnage de Dan Duryea vont offrir la clé de l'énigme et transformer en véritable tragédie ce n'était jusque là qu'un sympathique divertissement policier, doublé d'une belle histoire d'amour en devenir. Le dernier film de Roy William Neill, auteur de l'excellente série des "Sherlock Holmes" avec Basil Rathbone, témoigne du sens de la mise en scène d'un cinéaste aussi prolifique que mal connu.