Emmené par un Terence Stamp minéral et le piano à la Satie du thème musical de Cliff Martinez, "L'anglais" est pour moi le premier vrai grand film de Soderbergh - bon, j'aime tout de même beaucoup "Sexe, mensonges et vidéo" et "Hors d'atteinte" mais il manque encore quelque chose, que ce soit visuellement pour le premier ou en substance pour le second. Dans ce récit d'enquête et de vengeance d'un père endeuillé au passé trouble, le scénario-prétexte de néo-noir permet au cinéaste d'expérimenter sur un montage éclaté symbolisant les impressions jetlaguées de ce Britannique à la gâchette facile, fraîchement sorti de prison en Angleterre et débarqué dans un Los Angeles interlope sur la piste des assassins de sa fille. Si la photo, dans les scènes de jour, trahit son époque et n'atteint pas l'abstraction du futur chef-d'oeuvre "Traffic", j'aime beaucoup les atmosphères nocturnes et cette mise en scène au plus près du visage du protagoniste et de son incommunicable perte, cette manière de l'isoler dans les plans larges, typiques de l'approche subliminalement Antonioni-esque qu'aura Soderbergh des divers genres explorés au gré d'une filmo pour l'essentiel remarquable.