Cinéaste globe-trotteur, spécialiste du film exotique et patriotique, Léon Poirier propose une vie de Charles de Foucauld passée en accéléré et passant à côté de tout ce qui pouvait en faire l'intérêt.
S'il est présenté comme un étudiant rebelle puis comme un jeune officier à la vie dissolue dans la médiocre bourgeoisie de province, c'est pour mieux souligner plus tard la fracture qui fait de Foucauld un géographe passionné de désert puis un mystique au Sahara.
Le souci avec cette chronique historique, ce n'est pas tant sa pauvreté biographique que son incapacité à expliquer la passion soudaine du personnage pour le Sahara, l'irrésistible appel du silence et encore moins sa rencontre avec le divin. De telle façon que le personnage perd toute profondeur et signification. A cet égard , on est bien en peine de comprendre ce qui a valu à Foucauld sa postérité et sa récente canonisation. Mais c'est peut-être de l'avoir pressenti que le cinéaste donne déjà dans le mode hagiographique !
En revanche, avec Poirier, on a le sabre et le goupillon avec en prime un discours bien réac qui raille la République et critique le progrès scientifique ("on sape la foi et on attaque la patrie"). La réalisation est rudimentaire, sans liant, tandis que Jean Yonnel, une fois son personnage touché par la grâce, s'enferme dans une componction qui confine au grotesque.