Comment ne pas voir dans l'épopée picaresque et burlesque du dénommé Brancaleone de Norcia l'équivalent italien de Don Quichotte? Moins chimérique peut-être que l'illustre personnage de Cervantes mais autant illuminé, Brancaleone traverse la campagne italienne en quête d'aventures chevaleresques et, plus particulièrement, tente de rejoindre le fief de Casteldor, terre promise dont il s'imagine devenir le nouveau seigneur.
A la tête d'une petite troupe de pauvres hères, son cheminement est parsemé de rencontres et d'embûches que la maladresse et la stupidité de Brancaleone -déjà desservi par les caprices de son cheval- transforment invariablement en situations grotesques, fiascos et revers humiliants.
Fier et arrogant, mais à la fin toujours piteux, Brancaleone permet à Vittorio Gassman une mémorable composition tout en dérision et en cabotinage. Ses expressions ahuries lorsque les choses tournent mal sont irrésistibles. Peu épargné par les auteurs et leurs dialogues sarcastiques, ce héros désarmant autant que fréquemment désarmé ne renoncera pourtant sans doute jamais à son utopique quête de gloire. La preuve: la suite" Brancaleone s'en va-t-aux croisades", quatre ans plus tard, par le même Monicelli.