Non, ce n'est pas une blague. On l'oublie (ou plutôt on choisit de l'oublier) mais Jacques Dorfmann, producteur de classiques tels que "L'Armée des ombres" ou "Le Cercle Rouge", sera également 30 ans plus tard le producteur, réalisateur et scénariste du nanar cosmique qu'est "Vercingétorix" !
Ecartons ce méfait, revenons à 1969 où le jeune homme (24 ans) s'associe avec Jean-Pierre Melville pour livrer une œuvre poignante sur la Résistance Française. Un thème que Melville connait bien... puisqu'il en a lui-même fait partie !
"L'Armée des ombres" suit les pérégrinations entre 1942 et 1943 d'une cellule de résistance, dirigée par Gerbier (Lino Ventura), qui dépend lui-même d'un "grand patron". Loin de se livrer à de grandes effusions patriotiques, ou à du spectacle de mémoire, Jean-Pierre Melville choisit ici une approche sobre et sombre, évoquant avant tout la difficulté de l'activité de résistant.
Par exemple, il ne sera jamais expliqué, pour aucun personnage, pourquoi ils sont entrés en résistance. Même s'il on peut dessiner leurs raisons. En revanche, Meville insiste sur leurs dilemmes moraux, leurs épreuves, leur stress permanent, leur faible espérance de vie, leur souffrance, et surtout leur solitude.
Les dialogues sont limités, le réalisateur met à profit les silences pesants... ou à l'occasion des voix-off pas toujours nécessaires (le tribut d'adapter un livre ?).
Le tout dans une mise en scène qui joue avec les tons de gris, montrant le poids de ce "métier" et l'avenir obscur qui étouffe le pays. Il est d'ailleurs souvent difficile de dire à quel moment de la journée se passe l'action !
Melville exploite également à merveille les ombres et l'obscurité. Insistant sur la clandestinité du milieu, ou la menace qui prend diverse forme (police française, milice, Gestapo...). Je retiens notamment ce plan, au premier acte, où le directeur du camp vient cherche Gerbier avec la Gestapo, figures silencieuse chapeautés déchirant l'ombre.
Le tout servi par une belle distribution, dont ressortent Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Meurisse, et Jean-Pierre Cassel.
Si je devais pinailler, je dirais que les copies modernes, remastérisées dans un beau 4K, laissent maintenant voir, dans certains plans larges, des immeubles qui n'ont évidemment rien à faire dans les années 40. Mais c'est du détail.