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Quand George Roy Hill retrouve son duo parfait de Butch Cassidy and the Sundance Kid pour un film utilisant la même tonalité insolente, joyeuse et roublarde pour s'immiscer dans le monde secret des arnaqueurs, ça donne The Sting. Une réjouissance atemporelle qui est produite au début des années 70, se situe dans les années 30, est portée par le ragtime des années 10, et dont l’influence évidente sur des œuvres plus modernes façon Ocean’s 11 la projette dans le contemporain.
Un heist movie donc, qui maîtrise la formule de bout en bout et porte l’arnaque jusqu’au spectateur qui se retrouve à son tour dupé par les manigances échafaudées par Hooker et Gondorff contre le terrible Lonnegan (Robert Shaw, aussi charismatique que dans The Taking of Pelham One Two Three ou Jaws) qui s’imbriquent les unes dans les autres en poupées gigognes.
L’univers des con-men paraît capillotracté, une espèce de fantaisie façon club des assassins dans John Wick, mais se rapproche en réalité d’une authenticité propre à la période post-Krach de 1929. Tous ces escrocs, de véritables artistes en performance, qui s’organisent, possèdent leur jargon, se font passer le mot sur les bons coups et menaces se profilant, sont le produit de la grande dépression, de la promiscuité que celle-ci a créé entre les crèves la faim d’un côté, et la police avec la pègre de l’autre. On est dans la droite lignée de la réalité qui dépasse le mythe telle que montrée à propos des hobos par Robert Aldrich dans Emperor of the North Pole.
Un plaisir d’immersion fascinant qui se retrouve décuplé par la légèreté et le cool qui transpirent du film. La rythmique se base sur la bande-son ragtime de Scott Joplin revisitée ici par Marvin Hamlisch, à laquelle la place est toujours laissée hors des dialogues pour, avec les cartons chapitrés d’un autre temps, marquer les moments forts et étapes du plan dans un mouvement enjoué.
C’est aussi, comme dans la précédente collaboration du duo d’acteur avec le cinéaste, une histoire de passage de flambeau. Celle d’un mentor et d’un élève, pas si différente de la relation à la ville qu'entretenaient Newman et Redford, tous deux issus des planches new-yorkaises à une génération d’écart, et expliquant ainsi l’évidente alchimie qu’ils présentent à l’écran.
The Sting ne prend pas une ride et garde à chaque visionnage la même fraîcheur, la même allure décontractée on ne peut plus réjouissante, le même swag. Un immanquable.