Quitte à abandonner le cinéma – ce qui en soi le regarde – on aurait préféré que le comédien breton et octogénaire Jean Rochefort s’arrêtât sur un film plus glorieux et mieux inspiré que le fade et plutôt ennuyeux L’Artiste et son modèle du madrilène Fernando Trueba (qui nous avait pourtant enchantés avec Chico et Rita en 2011). Située en 1943 en zone libre, l’action du film – même si le terme semble fort inadéquat ici – met en scène un vieux et célèbre sculpteur au crépuscule de son existence, entièrement concentré sur son art. Indifférent et étranger aux événements qui bouleversent le monde, il voit dans l’arrivée d’une jeune ibérique échappée d’un camp de réfugiés l’occasion idéale pour renouer avec l’inspiration. Recueillie par le sculpteur et sa femme, qui fut sa plus grande muse à présent vieillissante, la jeune fille accepte de poser nue et de subir les sautes d’humeur de l’artiste.

Ça aurait pu être un beau film sur la puissance et la nécessité de l’art, particulièrement en période de troubles, sur la vieillesse et la résurgence soudaine et inattendue du désir (de créer comme de plaire). Hélas L’Artiste et son modèle assomme par son académisme, son esthétique artificielle – le recours systématique au noir et blanc est-il en train de devenir une (mauvaise) habitude de l’autre côté des Pyrénées, après le conte de Pablo Berger ? Le film est tellement silencieux, monotone et lent qu’il plonge durablement le spectateur dans une léthargie qui ne le laissera qu’à l’arrivée d’un jeune clandestin. Jean Rochefort est un beau vieillard, digne et élégant, pas toujours loin d’incarner l’image du cabot vieux beau qu’on aurait aimé ne jamais lui voir représenter. On a trop d’affection pour cet homme fin, mélancolique et plein d’humour pour lui en vouloir de s’être commis dans cette œuvrette très peu charmante, beaucoup insignifiante et jamais naturelle. La résolution inutilement dramatique n’arrange rien à une affaire qui passe nettement à côté de son sujet : à la fois incapable de nous faire pénétrer dans l’âme tourmentée d’un artiste en panne d’inspiration et tellement détachée de l’Histoire que cela en devient gênant et problématique. Alors Monsieur Rochefort, il va bien falloir reprendre le chemin des studios, histoire de ne pas conclure sur une participation à un opus médiocre et oubliable.
PatrickBraganti
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le 14 mars 2013

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