La vie est dure, certes, mais manquerait plus qu’elle soit molle !

Il n’était sans doute pas facile de s’attaquer à un livre aussi riche que l’Astragale d’Albertine Sarrazin… Cela explique peut-être cette réalisation modeste de Brigitte Sy — comme pour s’excuser de « surfer » sur l’aura d’un livre culte — qui tombe, à mon sens, dans une espèce d’ « auteurisme ». En témoigne les plans longs et fixes, le filtre noir et blanc, les dialogues ponctués de silence théâtraux et autres codes du cinéma d’auteur qui ne sont pas adaptés, ou du moins mal exploités, pour laisser transparaître l’esprit du livre : celui de l’incroyable force de vie d’Albertine.
La réalisatrice se sert de cette fracture de l’astragale comme point de départ d’un effet papillon, et par conséquent, nous suivons l’intrigue du livre à la manière d’un téléfilm lampda — relevé de temps à autres par l’apport de certaines citations du livre —, alors qu’il aurait été davantage intéressant de dresser un portrait plus intime du personnage. En effet, l’introspection « sans maquillage » que l’on retrouve dans le livre est quasiment absente du film.
Il y a toutefois la volonté de traduire la mélancolie d’Albertine ; mais là où cette mélancolie était sublimée par le style dans le livre, elle semble avoir été fadement retranscrite dans la réalisation par des procédés trop académiques qui n’aident pas à saisir le personnage (l’omniprésence d’une musique classique langoureuse par exemple). À titre de comparaison, Volver de Pedro Almodóvar, qui retrace semblablement l’itinéraire compliqué d’une femme, offre un portrait bien plus soigné, avec une réalisation qui souligne à merveille ses forces et ses faiblesses. Or, ce n’était ni le casting qui pêchait — Leïla Bekhti est formidable tant pour ce qu’elle dégage naturellement que pour son jeu d’actrice —, ni le scénario, puisque la vie d’Albertine est romanesque à foison… Non, à mon sens, cela est seulement dû à un manque d’audace de la réalisation — ou de perspicacité dans l’analyse du personnage ?
Malheureusement, je pense être tombé dans le piège classique de celui qui regarde le film en pensant au livre… Sans doute aurais-je été plus indulgent sans l’avoir lu ; nonobstant, à mes yeux, il reste bien un petit film pour un grand livre !

Antoine_CRSP
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le 1 nov. 2015

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Antoine CRSP

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