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Un sentiment plus fort que l'amour ?

Passionnée par les relations humaines fortes et authentiques, la réalisatrice Carine Tardieu nous propose, pour son 5ème long-métrage un drame familial intense, avec un scénario adapté du roman L'Intimité d'Alice Ferney, auquel Fanny Ardant lui avait suggéré de s'intéresser, cette actrice immense héroïne de son excellent précédent film Les jeunes amants.

Se référant volontiers au cinéma de Claude Sautet, la réalisatrice construit avec L'Attachement un film intemporel, dont la délicatesse et la sensibilité sont les maîtres mots, en partant d'un drame épouvantable entre tous : le décès de la mère à la naissance d'un enfant. De cette situation vont naître et évoluer de très belles relations hommes-femmes-enfants que Carine Tardieu travaille en profondeur sans céder aux injonctions sociétales ni aux violences du moment, par des situations auxquelles le spectateur peut s'identifier non sans émotion.

Ainsi Alex, chef de famille trentenaire, perd-il sa femme lors de la naissance de sa fille Lucille, alors qu'il a la garde du fils de celle-ci, Elliott. Pour parer au plus pressé, Alex confie Elliott a sa voisine de palier, Sandra, cette libraire cinquantenaire féministe non militante, isolée voire farouche, et que les hommes n'intéressent que pour des désirs éphémères. Instinctivement méfiante mais désireuse d'aider Alex, Sandra se prend d'affection pour Elliott, presque contre son gré, mais aussi d'Alex.

Rythmé par les moments clé de la croissance de Lucille jusqu'à ses 2 ans, le film nous emmène dans la famille d'Eliott, à la rencontre de son père David, et nous fait suivre les nouvelles relations d'Alex, en manque cruel d'affection, notamment avec la pédiatre de ses enfants, la roumaine Emillia. Dans cette quête d'Alex pour se reconstruire sur les décombres de sa vie, marquée d'amour et de désillusions, jamais Sandra ne le quittera, lui et ses enfants, dans un attachement qui apparaît au fil du film plus fort que l'amour !? En tout cas on manquera pas de se poser légitimement la question.

Ah que Carine Tardieu sait filmer et capturer les relations femmes hommes de manière équilibrée, chacun avec ses particularités bien sûr, mais à égalité de perception des sentiments et des situations heureuses ou tristes, les rendant très touchants dans leurs difficultés de se livrer, ce qui ne manque pas de faire penser au cinéma d'Emmanuel Mouret ! Et à l'instar de ces portes qui s'ouvrent et se ferment sur ce fameux palier, lieu essentiel comme trait d'union entre Alex et Sandra, la réalisatrice ouvre le champ des possibles entre les personnages, laissant volontiers les questions en suspens. Et dès lors que certaines discussions, voire affrontements, semblent difficiles à un moment donné, c'est pour mieux les poursuivre un peu plus loin, sans jugement définitif, dans des dialogues particulièrement travaillés, qui révèlent la profondeur des sentiments et ont l'art de venir de questionner le spectateur dans sa vie.

Mais comme dans toutes les réalisations de Carine Tardieu, la grande qualité du film est dans la mise en scène et la direction des acteurs, à la recherche de leurs talents cachés, certains pouvant apparaître à contre-emploi, mais faisant naître chez eux de nouvelles qualités d'interprétation.

A commencer par les deux acteurs principaux : Valéria Bruni-Tedeschi et Pio Marmaï, étonnants dans des rôles hors des sentiers habituels, incarnant l'une Sandra, toute en intériorité et retenue des sentiments, capable de non-dits par des regards d'une grande expressivité, et l'autre Alex, un homme capable ici d'exprimer de grandes émotions alors qu'on le connaît plutôt dans la légèreté des comédies (récemment dans A toute allure). Et c'est le cas aussi de l'étonnant et décalé Raphaël Quenard (acteur fétiche de Quentin Dupieux et vu récemment dans l'Amour Ouf), très crédible dans le rôle du père d'Eliott, tout en épaisseur et en justesse de ton. Et enfin on retrouve Vimala Pons, cette actrice surdouée et pétillante, capable d'une relation étonnante de fraîcheur et de spontanéité avec un Alex perdu dans ses sentiments.

Mais dans ce film, on ne saurait parler d'acteurs sans évoquer César Botti, 6 ans, impeccablement dirigé dans le rôle essentiel du petit Eliott, et du lien spontané, naturel et indéfectible qu'il établit avec Sandra.

Conquis par la beauté du film, je ne saurais trop vous recommander de le visionner, pour un grand moment de cinéma où l'empathie des relations humaines semble érigée en loi du genre !

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le 28 févr. 2025

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Azur-Uno

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