- film vu avec sa version audiodécrite -
Représentation intéressante de ce que peut-être la constitution d'une famille non-nucléaire : un chaos de gens imparfaits, aux modes de communication et d'expression de l'affection différents, qui s'apprivoisent et essaient de construire une histoire commune.
J'ai trouvé que le personnage de Sandra, joliment interprété par Valéria Bruna Tedeschi, avait un très beau potentiel pour incarner le lien puissant et enrichissant qui peut se tisser entre un enfant qui vit des bouleversement et un adulte avec qui il ne partage pas de lien de sang.
Malheureusement, j'ai détesté le discours de ce film qui se veut "féministe" mais qui s'ancre dans une lignée de débats médiatiquement convenus, notamment la scène du repas avec le grossier personnage de la mère de 80 ans qui a du mal avec ces "féministes qui portent plainte quand on leur fout une main au cul" ou le fait que le personnage d'Alex ne se fasse pas assez remettre à sa place malgré ses comportements d'une banale violence (embrasser sans consentement par exemple). Visibiliser ces comportements en les excusant avec compassion, je trouve que c'est jouer à un jeu dangereux.
Le film aurait été d'autant plus intéressant en développant sa profondeur politique au vue des sujets importants et parfois tabous qu'il traite : faire famille, le rôle de beau-parent, la mort d'une femme à l'accouchement, la fausse couche... Gros sentiment d'inachevé de ce côté-là
Visuellement, j'ai trouvé le film assez classique pour un drame français, rien de notoire.
Concernant l'audiodescription, je regrette plusieurs éléments.
D'une part, la version audiodécrite, qui est sensée décrire, et non interpréter pour les spectateur.ices, présente le personnage d'Alex comme "le père" d'Eliott durant les 15 premières minutes du film, se plaçant du côté de la subjectivité du personnage de Sandra, alors que les spectateur.ices n'ont aucune certitude sur son lien de parenté ou non au début du film.
Comme Sandra, on PEUT penser que c'est son père, mais ce n'est pas SUR, et ça m'a particulièrement marqué parce que je me demandais si j'avais pas raté une info jusqu'à comprendre qu'effectivement, c'est son beau-père et pas son père.
C'était bien dommage, ça a un rompu ma confiance envers le dispositif qui est sensé faciliter l'accessibilité et pas orienter la lecture du film.
D'autre part, je suis interpelée par le racisme intériorisé dont ont fait preuve les professionnel.les impliqué.es dans la rédaction de la version audiodécrite, sa correction et son interprétation. C'est bien triste que les personnages soient systématiquement décrits en donnant des indications sur leur coupe de cheveux ou leur attitude SAUF lorsqu'il s'agit d'une personne noire, seulement qualifiée "d'homme à la peau noire", alors que la couleur de peau de tous les blancs du film n'est jamais mentionnée, et que la couleur de peau de l'homme en question n'avait aucune importance dans le récit.
C'est peut-être un détail, certes mais qui me semble vraiment dérangeant.
En somme, le film aurait pu être marquant, mais il a manqué de courage à son équipe pour en faire une œuvre plus puissante selon moi. Je ne doute cependant pas du fait que l'académie des Césars le prime prochainement.