En pleine période reaganienne, John Milius réalise son long-métrage patriotique contre l'idéologie communiste. Dans l'apaisante campagne du Colorado, des soldats soviétiques, cubains et nicaraguayens sont parachutés afin d'envahir le pays de l'oncle Sam. Après une introduction des plus concise et efficace, à l'image de l'urgence alarmiste de l'époque, huit jeunes hommes et femmes vont résister dans le maquis contre les occupants. L'originalité de l’œuvre tient dans ce début en teen movie pour se transformer par la suite en pur film de guerre qui prend surtout la forme d'un western post-apocalyptique.
En effet, on peut concevoir le jeune groupe, composé de lycéens, comme les Indiens se faisant envahir par le colonisateur. La petite troupe prend des airs de guérilla autochtone et apprend à maîtriser ses armes et son environnement pour devenir des guerriers compétents, à l'instar d'Apaches aguerris. Même s'il est difficilement concevable de voir la bande, avec ses modestes moyens, mettre en déroute des militaires communistes ultra-entraînés, John Milius réussit à montrer leur formation dans l'art de la guerre, qui passe par ce retour au primitif et à l'état sauvage. Ils apprennent à apprivoiser leurs racines montagnardes pour passer de petits survivalistes clandestins à des soldats très organisés. Ainsi, une multitude de séquences de bataille s'enchaînent dans des scènes spectaculaires avec de gros moyens. Le film est une ample peinture pyrotechnique, martiale et explosive, mais elle reste toujours maîtrisée par la puissante intensité épique de la mise en scène de son auteur et son élaboration spatiale des champs de bataille.
Il est vrai qu'il y a quelque chose de fantasmatique dans le postulat, mais Milius s'investit franchement dans celui-ci, surtout que derrière sa facette propagandiste, il y a un réel discours sur la vacuité de la guerre et sur la condition humaine. Les personnages ne se réjouissent pas de tuer autrui et interrogent leur place dans le cataclysme de cette guerre qui les a faits devenir orphelins et leur a fait perdre leur innocence. Ainsi, l’œuvre ne s'attache pas spécifiquement à cette Troisième guerre mondiale, mais au combat intérieur que mènent les adolescents entre eux et sur leur évolution drastique de l'adolescence à l'âge adulte. De même pour les communistes, qui ne sont pas tous montrés ridiculement ou négativement, car le cinéaste respecte leur part d'humanité, leur courage et leur désappointement face à la barbarie de l’envahissement.
Surtout, le cinéaste met clairement de lui dans la rébellion des lycéens. Comme il a pu le faire avec Big Wednesday, il prend le pouls d'une facette de la jeunesse, ici la génération des années 1980, celle du Coca-Cola, de Star Wars et de Breakfast Club, celle d'une Amérique triomphante, qui n'hésite pas à prendre les armes pour s'insurger. Mais en bon individualiste anarchiste, Milius réalise un film avant tout sur la résistance contre la discipline et contre toute forme de gouvernement, car il est surtout question de sauver sa peau et les siens pour redevenir libre. C'est là la qualité de L'Aube rouge : malgré ses quelques défauts de développement, il transmet la part de vulnérabilité de ses protagonistes sans en faire des héros invincibles, mais ordinaires, et instaure de l'émotion dans leurs choix, leurs actes et leurs sacrifices.