(Vu le 09/05/26)
L'Arnaque est un honnête divertissement, contenant à la fois un charme rétro et un récit à tiroirs finement méticuleux. Surtout, à l'instar de Butch Cassidy et le Kid, l'œuvre se voit assistée d'un duo incroyablement charismatique : Robert Redford et Paul Newman. Sûrement que sans eux, le film n'aurait pas été le même. Redford est parfait en petit arnaqueur à la semaine, jeune loup en quête de vengeance après la mort d'un de ses collaborateurs, lui-même ancien partenaire du personnage de Newman. Tandis que ce dernier joue les vieux renards solitaires et experts de l'arnaque. Par son expérience, il va apprendre à son apprenti les ficelles encore inconnues pour le blondinet.
Les deux, avec l'aide de précieux contributeurs, vont créer une arnaque de bookmaking et une escroquerie géante pour piéger le caïd de la ville de Chicago afin de le ruiner et de venger la mort de leur confrère commun. L'Arnaque n'est pas un chef-d'œuvre, mais il a le mérite de nous surprendre continuellement dans un récit au classicisme solide et rempli de retournements de situation. Il est vrai que cela peut être légèrement confus et pas toujours évident à suivre, mais le cinéaste arrive à se rattraper avec une précision au cordeau en nous faisant comprendre les coups montés. On se laisse ainsi séduire par les manœuvres inventives, les coups fourrés, les entourloupes et les jeux d'illusions auxquels prennent part les deux loustiques. De ce fait, le long-métrage est très ludique et contient un suspense haletant, sans avoir besoin d'être spectaculaire.
Comme je le disais, il y a un charme rétro, étant donné que l'œuvre se déroule dans les années 1930 lors de la Grande Dépression. Le charme, à la fois élégant, chaleureux et aux couleurs vives, provient de l'inspiration volontaire du style en studio hollywoodien des années 1930 et des films de gangsters de la Warner, mais sans la noirceure fatale de ces derniers. On pense également au Kid de Cincinnati, mais le long-métrage de Norman Jewison est plus morbide et désabusé. En effet, dans L'Arnaque on retrouve une forme de décontraction guillerette et de gaieté insouciante propre à George Roy Hill et à la comédie. Cela est appuyé par le chapitrage, lui-même accompagné par son ragtime joyeux et enlevé. En même temps, il n'hésite pas à faire surgir des sursauts de violence, déjà sociale par son contexte, mais aussi physique. Mais le tout ressemble surtout à une fable malicieuse et roublarde qui désamorce son propre genre pour mieux dévoiler son artificialité. Artificialité qui renvoie au simulacre d'un monde où l'on triche et s'arnaque dans une drôle d'insolence et où nous-mêmes, spectateurs, nous nous faisons continuellement manipuler avec délectation. Les deux confrères prennent un vrai plaisir et rajoutent leur patte à cette humble et aguichante entreprise.