Le piège (aka l'aventure sauvage) fait tout d'abord un curieux choix de titre, puisque celui concerne une scène pivot qui amorcera considérablement l'élan émotionnel à la base du concept de couple. Il faut dire que ce couple est assez mal assorti, basé sur des conditions d'époque où, dans ces villages où seul compte le travail physique, des femmes jugées "de mauvaise vie" sont ici trimballées de village en village et vendues à des hommes qui cherchent épouse (Brimstone montrait un mécanisme de rencontre similaire dans le far west par un système d'annonces de prétendants qui proposaient leur candidature par relations épistolaires). Dans ces villages de trappeurs, nous partagerons le quotidien de Jean surnommé La Bête, un trappeur massif et particulièrement rustre, qui prend pour épouse Eve, la pupille du bourgeois du village, ce dernier lui devant une grosse somme. Sans s'étendre sur la condition féminine dans ces villages de campagne (la dureté du contexte étant une évidence), le film se concentre sur leur relation, houleuse et ponctuée de situations fortes où la survie se mêle constamment aux attentes/intérêts de nos personnages. Et peu à peu, sans jamais s'égarer, le film met en place l'apprentissage de l'activité de trappeur, et la complémentarité progressive, la nature étant ouvertement hostile bien que toujours magnifique. Et bien sûr, une situation qui s'aggravera et obligera Eve à assurer son autonomie, sa survie tout en consolidant sa relation avec l'homme qui l'acheta. En plus d'être un excellent film sur la survie (plutôt descriptif quand il s'agit d'apprendre, clairement efficace quand les vies sont en jeu), L'aventure sauvage est un beau portrait féminin, et même d'un certain côté féministe non en prônant l'individualisme d'Eve, mais en la forçant à survivre (et donc faire ses preuves) et en lui laissant aux moments clés le choix de ses actions, qu'elle choisit de mettre au service d'une morale dont elle n'a pas toujours bénéficié plus jeune. Par conséquent, le film ne lui sacrifie jamais sa pudeur (elle maintient la distance physique pendant la quasi intégralité du film), et la logique de son parcours reste toujours empreint d'une noblesse d'esprit qui demeure clairement la marque des bons films d'aventure à l'ancienne. Rien à redire sur la performance d'Oliver Reed, particulièrement doué ici pour camper la brute laissant échapper ponctuellement de réelles émotions. L'aventure sauvage est probablement un grand film, qui avec la simplicité de ses parcours et l'excellente mise en scène en décors naturels comble le spectateur à chaque instant, sans jamais tenter le simple exercice de virtuosité.

Voracinéphile
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le 12 nov. 2017

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