Agréable mais complètement dégingandé

Avant de présenter La prochaine fois je viserai le cœur (où Canet interprète un serial killer policier), Cédric Anger a tourné deux autres thrillers avec des agents du crime. L'opus inaugural, Le Tueur, apparaissait comme un descendant dissipé de Melville et du film noir. Après cet essai par endroits improbable, L'Avocat est une confirmation plutôt décevante. Dans ce second film, Magimel (héros du Saint-Matthieu de Beauvois dont Anger était scénariste) interprète un jeune avocat ambitieux, mais au cynisme très mesuré. Recruté par un mafioso qui l'intègre à sa cour, Léo Demarsan paie rapidement la rançon de quelques succès faciles.


Lorsque le piège se referme effectivement sur lui, c'est-à-dire en milieu de séance, le film gagne en puissance ; le décalque ensoleillé de tous les clichés d'un genre taie ses ambitions, le suspense et l'action purs prennent la relève. En effet au départ L'Avocat frise la catastrophe, pas parce qu'il serait franchement mauvais ou intégralement pourri, mais à cause de l'inadéquation entre ses postures et ses ressources. La prestation de Magimel enfonce le clou, car lui-même semble noyé dans son grand costume. Le film accumule les avatars kitschissimes avec un sérieux douteux, tout en retombant régulièrement dans une espèce de proximité artificielle. L'ombre des géants pèse lourd et rend presque absurde cette scène où le mafioso consomme de la musique classique lors de sa première apparition.


La bande-son pouvait être audacieuse dans Le Tueur ; dans L'Avocat, les choix musicaux sont tellement borderline qu'ils semblent tranchés en s'en remettant aux suggestions d'un débiteur obsolète. Le degré d'originalité d'un tel objet est difficile à évaluer, tant il semble à la fois coller et snober les passages obligés, les reliques de tous les films de mafieux ou les récits de jeunes loups revenus (ou pas) d'un enfer. Il y a là-dedans un côté remake cheap et clinquant du Parrain 3 à Montpellier (avec son Palais de justice à plusieurs reprises), du Ridley Scott en déroute qui rêverait de s'encanailler sur les terres d'un De Palma en se croyant trop engourdi pour y aller. Tout s'arrange en continu et par paliers, la musique elle-même devient moins sinistrement décalée, les éclairs grandiloquents sont mieux nourris (la colombe) : c'est encore kitsch mais autrement nerveux et convaincant.


Au fond le grand problème du film, c'est que Léo/Magimel soit toujours dans le même état, qu'il soit enthousiaste ou au fond du gouffre ; et cet Avocat semble a été conçu pour le suivre dans ce gouffre. Où il fonctionne au mieux, contrairement à cette intro loquace mais violemment dissuasive. Les déférences d'Anger pour des traditions esthétiques, parfois vulgaires, étouffent une éloquence naturelle. Malgré ses déclamations lourdingues, ses premiers rôles patraques (Gilbert Melki est un mafioso gravement amolli, peu crédible en dominateur, paranoïaque toujours trop tard), L'Avocat sait communiquer les vertiges de ses protagonistes et projeter une poignée de plans remarquables. La disharmonie n'est pas à la 'bonne' place, contrairement à La prochaine fois. En somme : produit agréable mais complètement dégingandé.


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le 21 janv. 2016

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