Charles Murdock est un homme d'affaires qui a fait fortune dans le pétrole,mais sa vie privée est moins reluisante.Alors que lui porte encore beau,sa femme Sophy s'est complètement laissée aller.Elle est grosse,moche,sale et feignasse.Mais non,ce n'est pas Mathilde Panot,qu'allez-vous chercher?Ersilia Soudais peut-être,il y a un faux air.Bref,monsieur commence à parler divorce,ce qui révolte madame.Pour calmer le jeu,Charlie part chasser dans le Nord du pays,où il rencontre Juliet Raeburn,une jeune styliste new-yorkaise qui a de drôles de destinations de vacances.La chasse s'avère bonne puisque le gars séduit la donzelle,très provisoirement cependant car elle le largue direct lorsqu'il lui avoue être marié et père de deux grands enfants.La franchise ne paie pas,c'est malheureux mais c'est ainsi.A peine rentré au foyer,Murdock repart,pour New York cette fois,où il veut fêter avec son associé Berkeley une juteuse vente qu'ils viennent d'effectuer.Mais ce type est un cas désespéré.Grosse moustache,chapeau haut de forme,cigare vissé au bec,il ne pense qu'à faire la fiesta et à choper de la greluche,le débauché dans toute sa splendeur.Il entraîne le pauvre Charles dans une nuit de fête débridée en compagnie de deux gourgandines,sa maîtresse Jessie et la copine de celle-ci Viola,qu'il veut fourguer à son pote pour lui changer les idées.Mais ça marche moyen,le brave homme pensant toujours à Juliet.Dans un cabaret,Berkeley,éternellement à l'affût d'une proie,délaisse Jessie pour une sorte d'horrible travelo.D'accord,le mec est bourré,mais quand même il perd au change.Pendant que le sage Murdock rentre seul à son hôtel,son ami va se finir chez le trav.Hélas Jessie,très énervée,arrive avec un revolver et blesse à mort son amant.Ce n'est pas qu'elle fût très amoureuse de lui,mais il était riche et l'entretenait confortablement,pas question de se faire piquer la place par une sorte de drag queen.Le mourant trouve cependant la ressource d'appeler Charles à son chevet,lui demandant de le rapatrier chez lui et de faire croire à un décès par crise cardiaque afin de préserver sa réputation car nonobstant sa vie de bamboche il est marié.Eh oui,le gus est en train de clamser et la seule chose à laquelle il pense,c'est au qu'en dira-t-on.On aura beau dire,à l'époque le sens de l'honneur c'était quelque chose.Son associé exécute ces dernières volontés,mais à la suite d'un pataquès de l'enfer orchestré par la vindicative Sophy,la malheureuse Juliet,qui n'est pour rien dans ce mic-mac,se voit accusée du meurtre.Charles,plus chevalier blanc que jamais,volera à son secours.Cecil B. DeMille,ci-devant réalisateur et monteur du film,est un des légendaires pionniers de Hollywood.Il tournait des longs-métrages depuis 1914 et en avait déjà quelques dizaines à son palmarès vu qu'il ne chômait pas et usinait parfois jusqu'à dix films dans l'année.Il faut préciser qu'il s'agissait de films de série,d'une longueur avoisinant les 60 minutes,qu'il enquillait à la chaîne.Bien sûr,période oblige,c'est du noir et blanc muet,les grandes oeuvres du cinéaste arriveront vers la fin de sa carrière,dans les décennies 40-50,avec ses superproductions en Technicolor telles que "Les tuniques écarlates","Les naufrageurs des mers du Sud","Sous le plus grand chapiteau du Monde" ou ses blockbusters bibliques "Samson et Dalila" et "Les Dix Commandements",dont il avait fait une première version en 1923 et qui sera son dernier film en 56,trois ans avant sa mort.On se souvient aussi qu'il joue son propre rôle dans "Boulevard du Crépuscule".Concernant "L'échange",on se demande de prime abord où Sens Critique a dégoté ce titre,le film étant habituellement nommé "La proie pour l'ombre".Mais le titre original est de loin le plus parlant,bien que le film soit muet."Old wives for new" pourrait se traduire par "changer sa vieille femme pour une nouvelle",ce qui situe bien l'ambiance d'une oeuvre propre à faire défaillir toute féministe qui aurait l'inconscience de la visionner.Et ça commence dès le carton d'introduction qui stipule que les épouses doivent rester coquettes et élégantes,et ne surtout pas se laisser aller si elles ne veulent pas être plaquées par leurs maris.On ne saurait être plus clair,c'était vraiment le bon temps.Du reste,la gent féminine est décrite avec une certaine acrimonie,entre la matrone à la ramasse,la jeunette idiote et les autres qui ne sont que des putes cupides voire homicides,l'échantillonnage est gratiné.Certes,le débauché Berkeley est puni pour ses péchés,mais il apparait comme plutôt sympathique en-dehors de sa connerie congénitale.En fait,le film débute une série que DeMille consacrait aux relations conjugales à travers ce mélodrame bourgeois désuet mais amusant,d'autant qu'il est relevé d'une ironie sous-jacente.Certaines scènes sont même hilarantes,comme celle où Juliet flingue un ours à la chasse.La fille part à des centaines de kilomètres de chez elle,vit inconfortablement sous une tente,s'équipe pour chasser et finit par shooter un ursidé,tout ça pour fondre en larmes une fois son forfait accompli et parler à sa victime en la câlinant.Ah les bonnes femmes,je vous jure!En plus c'est Charles qui avait tué la bestiole en tirant au même moment,de toute façon Juju n'avait pas le calibre suffisant pour descendre un aussi gros animal,c'est bien les gonzesses,ça!La cure d'amaigrissement de Sophy vaut aussi le coup d'oeil,il faut voir la gorgone se faire maltraiter à longueur de journée pour un résultat peu probant.Le plus drôle est que le scénario a été écrit par une nana,Jeanie Macpherson en l'occurrence,mais elle a une excuse vu qu'elle adapte un roman d'un sale misogyne patriarcal,le dénommé David Graham Phillips.La photo d'Alvin Wyckoff est superbe,plus sépia que noir et blanc en réalité.DeMille procède par plans fixes,ce qui n'empêche pas sa narration d'être dynamique,ça enchaîne bien et les personnages sont très mobiles à l'intérieur du cadre.Il nous gratifie en outre de nombreux gros plans rendant notamment justice à son fameux fétichisme des pieds.Le nu étant exclu dans le contexte du cinéma d'alors,peut-être voulait-il compenser en valorisant les rares parties de l'anatomie féminine qu'on avait le droit de montrer.La distribution est essentiellement composée de comédiens totalement oubliés,parce que tout ceci est très loin dans le temps évidemment,mais aussi parce que la plupart d'entre eux ont vu leur carrière stoppée net à l'avènement du parlant.Ca surjoue pas mal,c'est le muet qui veut ça,mais les acteurs sont plutôt bons.Elliott Dexter est très bien dans le rôle principal,en personnage de grande noblesse d'esprit pris dans la tourmente.Florence Vidor,ainsi appelée pour avoir été l'épouse du cinéaste King Vidor,est charmante en jeune femme conformiste accusée à tort.Sylvia Ashton fait le taf en grosse truie négligée rongée par la jalousie et la vexation.Theodore Roberts est très marrant en fêtard caricatural.Marcia Manon et Julia Faye forment un joli duo de poulettes à la cuisse légère,la seconde étant dans le civil la compagne de DeMille.Gustav von Seyffertitz est excellent en secrétaire félon de Murdock qui intrigue pour favoriser la séparation du couple,afin de récupérer la grosse et sa fortune.Quelques membres du casting qui tiennent ici de petits emplois feront une belle carrière,à l'instar d'Alice Terry qui est une jeune vendeuse et Noah Beery en médecin arrangeant.

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le 31 déc. 2025

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