Le sentiment d'enfermement est prégnant, et ce dès les premiers plans qui ensserrent Vittoria dans les griffes de son époux. Elle fait les cent pas, s'assied en boule, se couvre la tête. Ce regard la hante. Il pue l'ours, la grosse patte poilue avachie sur son corps à elle, comme s'il lui appartenait. Elle voudrait respirer de nouveau. Alors elle le quitte. C'est difficile, elle revient d'abord. Mais finit par triompher : elle ouvre la porte et s'enfuit, bouffant sa liberté à pleins poumons. Seulement cinq minutes de film sont passées, une dizaine de plans, mais quelle maestria.
Commence alors une déambulation dans une Rome des périphéries, une Rome des ruelles vides, des barils d'eau stagnantes, des chantiers qui ne se terminent jamais. La Rome de la folie boursière, celle qui met à terre des ouvrières qui ont commis l'irréparable erreur de l'espoir.
Antonionni se promène et jouit de sa liberté, comme son héroïne. Vittoria tombe amoureuse pourtant. Mais son sentiment naissant ne fait pas long feu. Celui de sa liberté retrouvée, lui, subsistera, à la manière de ces rues, belles d'avoir été abandonnées.