J’avais vu une première fois, il y a une dizaine d’années, L’Eclipse, je m’étais ennuyée ferme tout en appréciant l’esthétique mais j’avais visionné le film sans comprendre quoi que ce soit.
Second visionnage au hasard d’une rediffusion télé, les critiques lues ici m’ont donné des clés pour mieux regarder le film. Un grand merci.
À la fin du visionnage, le film me laisse une impression très bizarre. Je sais que j’ai regardé une œuvre d’art, très graphique, un regard mélancolique porté sur la vie. L’Eclipse, c’est l’histoire d’une brève rencontre entre deux êtres qui ne devraient jamais se rencontrer et qui ne peuvent normalement pas se rencontrer. Une éclipse. Qui est le Soleil ? Qui est la Lune ? Selon moi, la Lune c’est Monica Vitti, rêveuse, toujours dans la lune, indolente, croyant à des petits signes. Le Soleil c’est Alain Delon, désirant briller, parfaitement adapté au monde moderne, tellement terre à terre. Malgré tout, les deux s’attirent, chacun sans doute intrigué par cette différence si grande. Mais cette histoire ne peut qu’être brève. Une éclipse rare irréelle.
Le troisième personnage, c’est la modernité, sa vitesse, sa froideur, sa technicité, sa laideur. Clairement Monica Vitti est trop poétique pour vivre dans cette modernité. Cette vision des quartiers modernes est prophétique. Des espaces déshumanisés où l’on ne peut pas déambuler avec plaisir, où il n’y a rien à regarder, où tout est souvent laid, où tout est en friche, en cours, pas terminé, peu harmonieux. D’ailleurs, les gens me font qu’y passer et quand on y marche, on ne croise personne.
Évidemment, il y a une photographie, un noir et blanc et une lumière magnifique. Bref, ce n’est pas un film pour se distraire. C’est une œuvre d’art peu accessible, qui porte un regard mélancolique sur la rencontre amoureuse, les chemins disponibles au cours d’une vie, les impossibilités, tout ceci de plus en plus contraint par cette modernité froide où seules l’utilité et la fonction comptent. Tout doit être utile mais est-ce qu’on rêve encore ? Est-ce qu’on y prend du plaisir ? S’y amuse t-on ?
A voir.