Le marshal John Kruger fait partie d'un service secret chargé de la protection des témoins.Son boulot consiste à "effacer" les gens,c'est-à-dire les faire changer d'identité,de résidence,de région,afin qu'ils échappent à la vindicte de ceux qu'ils s'apprêtent à dénoncer.Et le voilà assigné à la sécurité de Lee Cullen,une cadre sup travaillant pour une entreprise d'armement censée livrer un nouveau fusil révolutionnaire au gouvernement américain.Mais la boîte n'est pas nette et s'apprête à plutôt faire affaire avec le plus offrant,en l'occurrence la mafia russe.La belle enfant,n'écoutant que sa fibre patriotique,balance derechef ses employeurs au FBI,après quoi elle refuse l'assistance de Kruger,ce qui dénote une intelligence relativement moyenne.Naturellement ça ne loupe pas,des vilains tueurs débarquent chez elle pour la sulfater.Que croyez-vous qu'il advînt?Ben oui,vous aussi vous les avez vus,les deux millions trois cent cinquante mille films du même acabit que ne parvient pas à effacer cet effaceur,et vous vous doutez que Big John va surgir à l'improviste,exterminer ces vermines,sauver la gonzesse et l'emmener d'autorité pour la mettre à l'abri,ce que cette fois elle ne rejettera pas car elle a eu très chaud à ses petites miches.Le producteur Arnold Kopelson a monté de formidables films,genre "Platoon","Chute libre","Le fugitif" ou "Seven",mais il faut fournir tout le temps et la qualité ne peut être toujours au rendez-vous,ce qui l'a parfois conduit à vendre des oeuvres médiocres uniquement destinées à alimenter le marché et récupérer quelque menue monnaie."L'effaceur" fait partie de celles-là et étale en long et en large sa pauvreté technique et scénaristique.C'est Charles Russell,auréolé de la réussite de son précédent film,"The Mask",sorti deux ans plus tôt,qui a eu le privilège de shooter cette bouse et d'en être producteur délégué.Le scénario des dispensables Tony Puryear et Walon Green s'ingénie à caser le plus possible de clichés débiles,de développements prévisibles et d'invraisemblances scandaleuses,alors qu'Alan Silvestri s'est fendu d'une musique lancinante supposée soutenir une tension hélas absente.Le spectateur a donc du début à la fin trois temps d'avance sur des évènements si faciles à anticiper qu'on les voit venir de loin,et on doit se coltiner un douteux ramassis de scènes d'action parfois bien faites mais la plupart du temps toutes claquées,des effets spéciaux ridicules dignes des transparences des années 50,purée la séquence de parachute!,une histoire sans intérêt usée jusqu'à la corde avec des traîtres aux USA qu'on identifie immédiatement,d'ailleurs le mystère est vite éventé,des dialogues stupides,des punchlines consternantes,et évidemment les exploits impossibles d'un héros qui se fait canarder tout du long en échappant à des déluges de balles gaspillées par des ennemis lents,mous et maladroits.Et quand d'aventure il est blessé,le mec se fait quand même transpercer une main,puis une jambe,puis il finit par se prendre une bastos,ça ne le gêne absolument pas pour continuer à cavaler comme un dératé et infliger de bonnes corrections à tout ce qui entrave son chemin.Forcément,on se trouve immergé dans l'éternel débat concernant la vraisemblance dans le cinéma de fiction à grand spectacle.Il est clair qu'il s'agit de récits par nature incroyables,mais même si on le sait très bien,les auteurs doivent s'arranger pour ne pas en faire trop et pour qu'on oublie au moins le temps de la projection que ce qu'on voit est irréalisable en introduisant la fameuse suspension d'incrédulité.Là,aucun effort n'a été fait en ce sens,c'est n'importe quoi en permanence et on a juste l'impression qu'on se fout de notre gueule,ce qui est probablement le cas.Une séquence fonctionne cependant,celle du zoo avec l'explosion de l'aquarium et les crocodiles qui viennent se mêler au combat.Ces putains de bestioles sont flippantes et bien que les SFX soient moyens ça reste impressionnant,d'autant qu'on y a ajouté des effets gore assez dégueulasses.Le film est construit autour de sa star Arnold Schwarzenneger,qui nous fait son célèbre numéro à la Terminator.Froid,efficace,indestructible,entêté,il renverse tout sur son passage en lâchant de temps à autre une blagounette navrante.Dans un bon film ça peut marcher,mais là son absence totale de talent d'acteur contribue à précipiter dans l'abîme ce misérable thriller à la godille.La vedette féminine n'est pas plus douée pour la comédie et serait complètement transparente si elle n'avait le joli minois de Vanessa Williams,Miss America 84 et plus connue comme chanteuse que comme actrice,ce qui se conçoit en voyant ce naufrage.Pour garnir le casting secondaire,on a fait appel à un trio de vieilles gloires toutes prénommées James.Caan s'en sort bien en méchant de service,mentor de Schwarzie passé du côté obscur de la Force pour cause de cupidité délirante.Coburn est manifestement venu pour encaisser un chèque et se fout ostensiblement de son rôle de patron de la CIA,il faut avouer aussi qu'il n'a pas grand-chose à défendre dans ce merdier.Quant à Cromwell,il est excellent mais n'a qu'une scène en directeur de la société d'armement félonne.Après ça descend d'un bon cran avec des troisièmes couteaux pas trop inspirés.Robert Pastorelli est carrément clownesque en mafieux qui en doit une à Kruger,Andy Romano incarne un bien pâle sous-secrétaire à la Défense corrompu,Joe Viterelli fait pitié en caricature d'affidé à Cosa Nostra et Roma Maffia est vite expédiée en journaliste fouineuse.Notes et critiques de films de Charles Russell publiées précédemment:"The revenge"-3,"The Mask"-7.Moyenne:4,3.