Un sentiment partagé face à ce polar efficace mais assez inégal de l'américain Antoine Fuqua, à qui l'on doit notamment le percutant "Training day".
On sent bien que Fuqua a des choses à dire au-delà du simple divertissement, et le sombre constat dressé sur les forces de police de terrain, dans un quartier difficile tel que Brooklyn, sonne dans l'ensemble assez juste, avec des problématiques liées au manque de reconnaissance (financière et symbolique) et au sentiment d'impuissance.
Autre bon point, les personnages ne sont jamais manichéens, chacun a ses raisons et on ne sent pas de jugement moral dans la mise en scène.
Une réalisation qui s'avère globalement fluide et "classieuse", avec un côté MTV qui rappelle que Fuqua tournait des clips à ses débuts.
Le revers de la médaille, c'est que le film donne l'impression de péter plus haut que son cul (même si je n'aime pas cette expression, elle a le mérite d'être explicite).
Certaines séquences apparaissent pompeuses, Antoine Fuqua n'est pas Sidney Lumet, pourtant "Brooklyn's finest" se la joue un peu "Serpico" ; la trop grande lenteur du récit donne ainsi l'impression que le réalisateur oublie sa mission principal d'entertainer au profit de considérations politico-philosophiques un brin prétentieuses.
Surtout quand dans le plan suivant, la caméra se sent obligée d'insister lourdement sur un élément que le spectateur lambda a déjà bien percuté (en l'occurrence la photo de la rouquine "disparue" croisée par Richard Gere).
Un mot sur la distribution : Gere assure dans son registre de prédilection, celui de l'impassibilité ; Ethan Hawke passe bien également, même s'il en fait sans doute un poil trop dans l'exaltation ; Don Cheadle quant à lui ne démérite pas, mais paraît trop tendre pour son personnage de caillera infiltrée.
Enfin on saluera le soin accordé aux seconds rôles, confiés à des comédiens aussi confirmés que Will Patton, Wesley Snipes ou encore Ellen Barkin.