Spécialiste de la série B depuis le milieu des années 1950 où il avait commencé à réaliser des films fantastiques, Bert I. Gordon s’occupe, une nouvelle fois, de tout. Scénario, réalisation, production, le voilà reparti, vingt ans plus tard, à se donner de nouveau corps et âme à faire dans la vilaine bestiole. Adaptant, comme l’année précédente, H. G. Wells, il propose un film fantastico-aventuro-science-fiction pour réitérer le succès de Soudain… les monstres. Cette fois, ce sont les fourmis qui ont bouffé des déchets radioactifs et qui ont pris une taille démesurée. Pas de chance pour l’agente immobilière Joan Collins qui avait prévu de vendre des lopins de terre à un ensemble de personnes qu’elle a réuni sur un bateau. Une fois à terre, les choses se corsent puisqu’ils sont attaqués par diverses colonies affamées. Reprenant les codes visuels des grands succès que furent Tarantula ou Them !, Bert I. Gordon oublie cependant qu’en vingt ans, la couleur a chassé le noir et blanc. Autant dire que les transparences sautent tout de suite aux yeux et qu’elles sont vraiment dégueulasses. Les plans larges sont donc, pour la plupart, forcément ratés. Les plans serrés, eux, utilisent des peluches peu ressemblantes qui font délicieusement sourire. En clair, les attaques de fourmis ne valent rien et vous expédient direct dans le train pour Nanarland.
Mais s'il n'est évidemment pas Jack Arnold, Bert I. Gordon n’est pas non plus né de la première pluie et contrebalance cet évident handicap par un rythme qui monte crescendo et qui évite l’ennui. Une fois passée la (longue) présentation des protagonistes, les péripéties s’enchaînent et le film prend une dimension de film d’aventures plutôt agréable. Si les bêbêtes sont clairement ridicules, les marais dans lesquels s’enfoncent nos amis sont bien poisseux et donnent une tournure sympathique à l’ouvrage. Dommage que le réalisateur n’ait pas imaginé davantage de péripéties (on comprend bien que son film repose uniquement sur ses bestioles) et que les acteurs ne soient pas dévorés par leur charisme. Ces deux éléments auraient certainement rendu plus digeste la disparation de plusieurs éléments du groupe qui, pas de bol, s’éloignent à chaque fois des autres pour se jeter dans les pattes des fourmis.
On appréciera la dernière ligne droite de l’ensemble où notre groupe (enfin, ce qu’il en reste même si les survivants n’ont pas trop l’air traumatisé) semble retrouver la civilisation en atterrissant dans une petite ville. Qui de la fourmi ou de l’homme est le plus dangereux ? On retrouve ici un des thèmes favoris des années 1970, couplé à celui du complot, qui permet de faire un pont entre les deux décennies qui se sont écoulées. La sortie des Dents de la mer (dont la musique est ici honteusement pompée) explique aussi ce retour des vilaines bêbêtes. C’est kitsch, très clairement fauché et maladroit, mais c’est un témoignage d’un certain cinéma de série de l’époque.