L'emprise
🩸 Titre V.O. : Of Human Bondage
📽️ Année : 1934
🎬 Réalisation : John Cromwell
🇺🇸 Pays : États-Unis
🎠Genre : Drame
👍 Ma note : 6/10
💔 Le pitch : Un étudiant en médecine affligé d’un pied bot s’entête à aimer une serveuse parfaitement toxique, transformant sa vie en étude pratique de la servitude affective.
✨ Les raisons de voir ce film :
~ Pour admirer comment Bette Davis parvient à voler le film en incarnant une garce mémorable, au point de rendre presque sympathique le masochisme du héros.
~ Pour l’étude de cas qu’il offre sur l’amour toxique avant que la psychologie populaire ne mette des mots dessus : un parfait spécimen de relation à montrer en laboratoire.
~ Pour vérifier que le cinéma des années 30 savait déjà être cruel, amer et franchement désenchanté, sans avoir besoin d’un filtre sépia ni d’une voix off mélancolique.
~ Pour constater qu’un pied bot peut servir de métaphore existentielle à peu près tout terrain : l’infériorité sociale, l’humiliation, le destin contrarié… au choix.
~ Pour découvrir un film qui, sans crier au génie, a contribué à propulser Bette Davis vers une carrière où elle allait passer son temps à mordre, gifler ou toiser ses partenaires.
~ Pour savourer le plaisir discret d’un drame qui n’arrondit pas ses angles et ne cherche pas à flatter : tout le monde en sort chiffonné, même le spectateur.
⏳ Les raisons de ne pas voir ce film :
~ Le rythme a la lenteur d’un ascenseur de 1934 : il finit par atteindre l’étage souhaité, mais on a eu le temps de réfléchir à sa vie entre-temps.
~ Le héros possède la résilience émotionnelle d’une serpillière humide, ce qui peut provoquer un agacement croissant et un certain besoin de secouer l’écran.
~ Les traces théâtrales de l’époque restent visibles : quelques scènes semblent attendre les applaudissements d’un public absent.
~ La romance est si dysfonctionnelle qu’elle peut laisser l’impression d’avoir regardé un avertissement sanitaire plutôt qu’un divertissement.
🎩 Dans le même style :
~ Brève rencontre (Brief Encounter ~ 1945) film de David Lean – Parce que l’amour mal assorti y est disséqué avec un sérieux clinique, mais en gare ; le romantisme y tousse poliment avant de se rallonger sur le quai.
~ L'héritière (The Heiress ~ 1949) film de William Wyler – Une autre exploration de l’humiliation affective avec héritage en prime ; ici, la toxicité porte des gants blancs et un sourire parfaitement poli.
~ Un tramway nommé désir (A Streetcar Named Desire ~ 1951) film de Elia Kazan – Les relations y sont d’une salubrité comparable, mais avec davantage de sueur, de cris et de décors moites pour accélérer l’agonie sentimentale.
~ Marty (1955) film de Delbert Mann – Pour observer un cœur tendre lutter contre les conventions et le manque de confiance en soi, avec moins de cruauté qu’ici mais suffisamment de malaise pour rester dans le thème.
~ Le mangeur de citrouilles (The Pumpkin Eater ~ 1964) film de Jack Clayton – Parce que l’usure émotionnelle du couple y est traitée comme un sport d’endurance, sans effets spéciaux, simplement de la fatigue morale bien entretenue.
~ Les noces rebelles (Revolutionary Road ~ 2008) film de Sam Mendes – La version moderne où l’amour et les illusions s’écaillent dans une banlieue impeccable ; l’autodestruction affective bénéficie enfin du confort du chauffage central.