Film vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives".
Film de la sélection "Trois Chemins de l'Enfance".
L'innocence qu'incarne aux yeux de tous l'enfant conduit à un grand sentiment de malaise et d'inconfort sitôt que cette innocence est remise en cause. Que l'on prenne l'enfant comme source du mal ou l'enfant comme inspirant le mal, cette pensée forge de façon instinctive un effroi en chacun de nous.
C'est sur cette torsion de nos sentiments envers l'enfance que joue "The child". Comment imaginer en effet que la petite Rose puisse être autre chose qu'une gentille petite fille, un peu mélancolique après le décès de sa mère et dont la famille accueille la nouvelle fille au pair qui sera chargée de s'occuper d'elle ? Pourtant assez vite le film sème en nous une étrange inquiétude. Le décorum d'abord, cette forêt qui bruisse d'étranges feulements que les locaux pensent venir de bêtes féroces actives la nuit, les mises en gardes répétées comme des mantras à l'encontre de la famille et de ses étranges comportements, la famille en elle-même ensuite dont on soupçonne qu'elle cache un terrible secret lié au cimetière voisin où gît la maman et enfin Rose, petite fille qui malgré sa blondeur angélique suscite un trouble.
Les esprits chagrins ou trop sévères trouveront au film d'innombrables soucis formels, des plans et des mouvements de caméras illogiques, des acteurs non professionnels ou issus du théâtre qui délivrent des performances parfois aux limites du grotesque, des erreurs de raccords flagrantes - lors d'une scène par exemple où deux des protagonistes fuient en voiture, la scène débute de nuit et le plan suivant ils sont en plein jour - sans oublier la bande originale difficilement descriptible mais qui pourrait être la rencontre improbable entre la musique concrète de John Cale et une fanfare dissonante sur laquelle serait venue taper un bœuf d'improvisation, un joueur de thérémine fraichement échappé d'un asile.
Pourtant ces faiblesses finissent par former un ensemble étrangement cohérent qui confère au film une atmosphère de l'étrange, qui diffuse chez le spectateur une sensation de sourde peur, de celles qui font frissonner l'échine et qui dans l'atmosphère générale du film, nimbée de jeux sur les ombres et sa photographie crépusculaire produisent cette inquiétude qui d'impalpable n'en est pas moins prenante.
Quand on comprend, relativement vite, que la fillette s'est liée d'une amitié bizarre avec des zombies, qui la servent dans son dessein de vengeance vis à vis de celles et ceux qu'elle considère comme responsables de la mort de sa mère, on se laisse entraîner dans ce récit surnaturel de morts vivants. Et si dans une très longue première partie, le film fait le choix de ne pas montrer ces créatures totalement, jouant plutôt sur la suggestion en n'en montrant que d'infimes parties, nous obligeant à faire fonctionner notre imaginaire, il commet selon moi l'erreur qui sera mon unique grief à son encontre, de finalement nous les montrer plein cadre. Or la médiocrité des maquillages et des costumes des monstres, nous sort totalement de cet inconfort subjectif qui était la force du projet. C'est dommage d'autant plus qu'en parallèle, les effets pratiques de maquillages et de prothèses utilisés pour les victimes humaines sont loin d'être mauvais.
Finalement le film pâti surtout d'un élément extérieur, sa production amateure et son budget ridicule, qui font qu'il est sorti après des films comme "L'exorciste" ou "Carrie" dont on peut dire peu ou prou qu'ils ont eux aussi comme axe l'enfance troublante, alors qu'il a été écrit et réalisé bien avant.