J'ai beau apprécier le whodunit agatha christien lorsqu'il s'agit de lecture, je ne suis généralement pas fan de huis-clos au cinéma (ou à la télévision, en l'occurrence), souvent synonyme d'ennui.
Pourtant, ce téléfilm de Peter Kassovitz parvient à éviter cet écueil, hormis durant un petit quart d'heure en milieu de bobine, lorsque la situation a tendance à se figer.
En effet, Kassovitz installe dès le départ une ambiance à la fois intrigante et chaleureuse, puisque le récit se déroule dans un chalet de montagne complètement isolé, auquel on n'accède qu'avec un hélicoptère puis un véhicule sur chenilles.
Le huis-clos n'est pas intégral, puisqu'on vivra quelques escales dans le minuscule village situé à proximité, mais la plupart des scènes se passent au coin du feu, dans le confort douillet du chalet, ou en extérieur, c'est-à-dire dans l'immensité blanche de la haute montagne.
Outre cette atmosphère singulière, la force du téléfilm réside dans sa distribution prestigieuse, largement dominée par un Jean Rochefort des grands soirs, excellent dans son rôle de grand bourgeois égocentrique habitué à tout décider, et finalement plus complexe qu'on ne l'aurait pensé. Rochefort est bien secondé par un Claude Rich gluant et par un Bruno Cremer loyal, beaucoup moins par une Bulle Ogier transparente.
"L'énigme blanche" vaut donc au moins autant pour son étude de caractères que pour sa mécanique criminelle, bien ficelée mais jamais palpitante. Adaptation d'un roman de Roger Gouze (le beau-frère de François Mitterand), l'intrigue policière se suit avec intérêt mais ne recèle pas de grosse surprise, d'autant que contrairement à chez Agatha Christie, les suspects du crime ne sont guère nombreux.
On appréciera néanmoins le dénouement très réussi, sobre et joliment mis en scène.