Qui était et comment filmait Mizoguchi avant de devenir "Dieu" (en gros au cours des années 50, quand ses films atteignirent une grandeur et une beauté qui ne semble pas de ce monde...) ? Voilà une question qui devrait tarabuster bien des cinéphiles nippophiles. "L'Epée de Bijomaru" apporte une réponse un peu surprenante, puisque, "effort de guerre" oblige, on y voit Mizoguchi glorifier les vertus traditionnelles de la virilité guerrière japonaise, les magnifier même grâce à des plans souvent stupéfiants de beauté et d'intelligence... soit un décalage criant par rapport à ses habituelles préoccupations humanistes et féministes. Un décalage complet ? Non, pas tout-à-fait, car le personnage le plus intéressant de "l'Epée de Bijomaru" est une femme, qui veille sur la fabrication du fameux sabre, et en devient l'âme, pour mieux venger finalement son père au cours du sempiternel combat final. Non aussi parce que Mizoguchi préfère s'attarder sur le travail obstiné des artisans qui forgent le fameux sabre, au détriment des personnages pourtant a priori plus flamboyants des ronins et des nobles courtisans de l'Empereur ou du Shogun. Au final, c'est sans doute la splendeur hypnotique de ces fameux plans (de combats, mais pas seulement) que retiendra le spectateur moderne, plus que la thématique du récit : c'est là que le génie absolu de Mizoguchi s'exprime déjà, même de manière encore parcellaire. [Critique écrite en 2017]