Lorsque L’Esprit de Mort est sorti au cinéma, les films d’horreur gothiques façon Hammer étaient un peu passés de mode. L’année suivante, L’Exorciste allait redistribuer les cartes et changer définitivement le paysage du cinéma horrifique, délaissant la subtilité pour aller à fond dans les effets graphiques et les maquillages impressionnants. C’est en partie ce qui explique l’échec au box-office de L’Esprit de la Mort, aussi bien dans son pays qu’aux U.S.A où il a bénéficié d’une version rallongée de 12 minutes (alors que c’est l’inverse habituellement). Très rapidement, il a été un peu oublié par les amateurs de bobines horrifiques alors qu’il a clairement des atouts pour lui. Avec son ambiance particulière et son visuel soigné, L’Esprit de la Mort est plus intéressant qu’il n’y parait et l’édition française de MDC Films, qui propose les deux montages, est l’occasion de se replonger dans ce film d’horreur horrifique à mi-chemin entre l’époque victorienne et le steampunk.
L’histoire du film est assez intrigante, mêlant ce qui semble être deux obsessions de la période victorienne, à savoir la fascination pour les nouvelles technologies de l’époque, la photo et le début de de ce qu’ils appellent « l’image animée » dans le film, et la mort à travers la parapsychologie. L’Esprit de la Mort tourne autour du personnage de Sir Hugo Cunningham, dont le passe-temps favoris pour ses recherches et de photographier des personnes au moment où elles meurent. Un jour, il découvre sur plusieurs clichés une forme noire, qu’il va associer à l’esprit des morts Asphyx dans la mythologie de la Grèce Antique, qui s’apparait qu’au moment où les gens basculent dans le royaume des morts. Lorsqu’il filme une pendaison avec son nouvel appareil « d’images animés », il voit clairement l’Asphyx et commence à devenir obsédé par l’idée d’en capturer un. Peu à peu, ses recherches commencent à lui faire penser que capturer l’Asphyx de quelqu’un empêchera cette personne de mourir. Il décide de se mettre en situation de mort, de capturer la chose, et ainsi devenir immortel. Sauf que cela va le mettre sur la voie de la destruction et de la mort. Avouez que c’est tout de même assez intrigant non ? L’ambiance victorienne est ici parfaitement retranscrite et, avec ses machines sortant tout droit d’un univers steampunk, L’Esprit de la Mort a de la gueule. Ça a beau être le premier (et le seul) long métrage de Peter Newbrook, on sent immédiatement son passif de caméraman puis de directeur photo. L’ensemble est extrêmement élégant, certains plans sont superbes comme ces moments presque hors du temps sur les barques, et la cinématographie grand écran apporte ici réellement quelque chose au film. L’ambiance est très soignée et, bien que le film ne fasse absolument pas peur, l’atmosphère sait se faire inquiétante et rien que les cris longuement stridents des Asphyx ont parfois de quoi faire hérisser les poils.
L’Esprit de la Mort est un film assez cynique et offre un très sympathique récit, plutôt bien structuré, de la descente aux enfers d’un homme obsédé par sa découverte et ce qu’il pourra en faire. Le casting participe à cette réussite, même si le jeu très théâtral de ce genre de bobine horrifique très ancrée dans la Hammer des années 50 pourra aujourd’hui déstabiliser un jeune public peu ou pas habitué à la chose. On pourra néanmoins remarquer que Robert Powell semble brider son jeu, peut-être de peur d’en faire trop. Le vrai gros problème de L’Esprit de la Mort, c’est son scénario qui a malgré tout plusieurs failles. Tout d’abord, il nous présente de nombreux personnages forts, mais il ne sait pas réellement quoi en faire. Certains disparaissent trop soudainement alors qu’il aurait pu être intéressant d’avoir plus de détails sur les relations qu’ils ont les uns avec les autres. L’exemple le plus flagrant est ce fils adoptif, avec qui il mène l’expérience, mais cette donnée (l’adoption donc) n’a absolument aucune incidence sur quoi que ce soit dans le film. Certaines scènes nous font ressentir la même chose, comme ce jet d’acide sur le visage du personnage principal qui au final ne sert à rien car il n’a aucune incidence sur quoi que ce soit. On pourra également reprocher à L’Esprit de la Mort de ne pas être crédible sur certains points. On comprend que le but est d’approfondir et structurer suffisamment les choses, le film est suffisamment bavard (sans que cela soit gênant) pour nous convaincre de la véracité de ce que vivent les personnages, aussi impossible que cela soit dans la réalité. C’est d’ailleurs logique d’accepter le postulat de départ quand on regarde un film fantastique. Mais sans spoiler, certaines choses tombent un peu dans le ridicule si on prend en compte la logique psychologique que sont censés avoir les personnages dans une telle situation. Mais malgré ces quelques couacs, L’Esprit de la Mort est un film suffisamment intéressant pour qu’on y jette plus qu’un coup d’œil, ne serait-ce que pour tout le travail visuel représentatif de toute une époque révolue et pourtant dans les mémoires de tous les cinéphiles s’étant un minimum intéressé au cinéma d’horreur des années 50 et 60.
Avec son atmosphère particulière, son visuel réussi et son postulat de départ des plus intéressants, L’Esprit de la Mort est une jolie petite curiosité que tout amateur de cinéma horrifique se doit de voir au moins une fois, en particulier les amoureux de la Hammer.
Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-lesprit-de-la-mort-de-peter-newbrook-1972/