Est-ce que la république et l'académie seraient la solution pour s'assimiler dans la société française ?
L'Esquive d'Abdellatif Kechiche est un film qui se passe dans une cité HLM. Pour réaliser son film, Kechiche décide de prendre des jeunes, des enfants, avec leur vocabulaire plein de simplicité et un langage provenant de la parole urbaine.
Et donc L'Esquive s'inscrit dans le réel. Même avec sa caméra épaule pleine de gros plans sur nos protagonistes et une mise en scène qui se trouve moins maîtrisée que dans les futurs films de Kechiche, le film reste magnifique. Pour s'assimiler dans la société, la meilleure solution c'est l'apprentissage de par la République grâce à l'école. Et c'est avec Marivaux et la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard que nos protagonistes sortent un peu de ce milieu. Le choix de cette pièce n'est pas anodin car c'est une pièce sous forme de géant quiproquo où les quatre personnages, étant déguisés, ont échangé leurs rôles : les valets en maîtres et les maîtres en valets.
C'est une pièce qui fait échanger les rôles de la classe sociale. On ne sait plus qui est l'ancien bourgeois, on ne sait plus qui est bourgeois car tout le monde montre un visage qu'il n'est pas vraiment, tout le monde est une baltringue à part entière. Et le personnage de Krimo est littéralement celui qui s'essaie à cette assimilation pour séduire une fille du nom de Lydia. C'est avec cette volonté de séduire qu'il s'essaie au théâtre en jouant Arlequin, il veut se rapprocher d'elle et donc il apprend les textes. Sauf que le problème c'est que même avec de la volonté il n'y arrive pas, il n'est pas habitué et n'arrive pas à s'emparer du personnage d'Arlequin. Il peut sans doute imiter les paroles, mais pas incarner le personnage. La professeure est là pour l'accompagner et l'aider, elle lui donne des conseils tout d'abord un par un, mais elle n'y arrive pas. Malgré les conseils, il ne change pas, il ne se lâche pas, il est bloqué : même son amour pour Lydia ne le détache pas de son monde.
Pour finir, la scène avec les policiers est excellente car c'est là tout le propos du film. On nous parle d'émancipation et d'assimilation, mais même avec toute la volonté des jeunes on voit une chose, c'est qu'ils restent des Maghrébins vivant dans une cité. Les policiers, eux, ne voient que la forme mais pas le fond. Quand la policière sort le livre de Marivaux de la veste d'une jeune fille, elle demande "c'est quoi ça ?". Elle fouille le livre comme si c'était un endroit pour cacher de la drogue, pour avoir une arme ou je ne sais quoi, car le livre ne représente plus un objet culturel ou un objet d'apprentissage, mais dans les mains d'une personne de cité, cela représente quelque chose d'illégal.