John Glenn, Alan Shepard, Scott Carpenter, Gus Grissom, Gordon Cooper, Walter Shirra, Donald Slayton...
Ces sept noms brillent avec un éclat tout particulier au firmament des héros modernes, catégorie aventuriers haut de gamme ! Image toute désignée puisque ce sont là les identités des sept premiers astronautes américains. Des mecs d'exception, tous as de l'aviation militaire, qui ont connu une prodigieuse destinée. Celle qui, en les associant au grand lancement de la conquête spatiale par les Etas-Unis, les a fait passer de la simple condition d'homme à celle de demi-dieux. C'est leur aventure extraordinaire que raconte ce long (3 h 15) film de Philip Kaufman.
La conquête spatiale, épopée unique à l'échelle de l'univers, rendue encore plus époustouflante par l'effrénée course-poursuite entre Russes et Américains, est bien LA grande aventure des temps modernes. Et grâce à des prouesses techniques et la mobilisation des médias, tout un chacun a pu vivre en direct les "instants historiques" qu l'ont jalonnée.
De sorte que le film comporte beaucoup de séquences désormais familières : lancements de fusées, panoramas spaciaux, effervescence au Q.G. de la N.A.S.A.... Mais en s'attachant constamment aux pas des sept qui personnalisent de façon quasi-mythique l'épopée à ses balbutiements, la caméra la fait vivre cette fois de l'intérieur. Avec à la clé une révélation ahurissante : les toutes premières tentatives pour envoyer un homme dans l'espace, puis l'y faire séjourner de plus en plus longtemps, ont pris parfois une tournure plutôt improvisée et fantaisiste. Les têtes pensantes de la N.A.S.A. - et derrière elle, le gouvernement américain - ciblaient avant tout le plein succès du Programme Mercury.
Le côté humain de l'entreprise a, en fait, été relégué au second plan et le film le montre avec une belle dose d'impertinence (NDLR : que j'aime ce mot !). Les modalités de sélection, puis l'entraînement assez inhumain des élus, sont très parlants : de cobayes au fil des tests subis, ils deviennent des bêtes curieuses dès le moment où il est jugé judicieux de les médiatiser à outrance. D'un côté, apprendre à affronter l'inconnu et toutes les formes de stress possible. De l'autre, montrer au peuple américain conditionné qu'ils ont bien, eux, "les 7 mercenaires" de l'espace, prêts à s'envoyer en l'air comme jamais, "L'étoffe des héros".
Via John Glenn, ils prendront finalement et collectivement une éclatante revanche sur les techniciens tout-puissants... et sur leur rival le singe !
Leur triomphe sera également celui des pilotes casse-cou de la base d'Edwards, dans le désert californien, qui ont ouvert la voie du ciel en s'attaquant tout aussi héroïquement au fameux mur du son. De loin les séquences les plus secouantes du film, un peu inégal par moments.
Cette petite réserve (de kérosène !) faite, "L'étoffe des héros" tisse une trame dramatique d'autant plus captivante qu'elle ne donne pas l'impression d'être un tissu de contre-vérités !