Et bonjour...
J'ai revu récemment L'Étrange Histoire de Benjamin Button, ce conte plein de magie. Pour les Inuits ou les Centauriens qui n'ont jamais entendu parler de ce film, quelques mots suffisent: c'est l'histoire d'un homme qui naît vieux et qui rajeunit tout au long de sa vie.
On peut éventuellement penser à Little Big Man ou à Forrest Gump, pour l'ampleur de vues et la trame narrative. Mais c'est pas encore ça. Benjamin est un cousin plutôt réfléchi de Forrest ; à la différence de Jack Crabb, il vivra un grand amour. Surtout, il naît vieux et rajeunit chaque jour que Dieu fait.
La diversité des thèmes abordés est juste ébouriffante: le récit d'initiation se croise avec une histoire d'amour, l'apprentissage de la différence vient avec celui de la solitude. Il y a beaucoup d'amour, de tendresse et de respect dans ce film, des personnages touchants et de l'humour. Pourquoi, grands dieux, y a-t-il si peu de films dotés de tels ingrédients??
Il y a juste un point qui me chiffonne et je sollicite votre avis. La vie de Benjamin tourne autour de son amour pour Daisy: ils se rencontrent au tout début et mettent beaucoup de temps à se retrouver, c'est juste. Mais pourquoi Benjamin, (spoil) continuant de rajeunir, devrait-il s'éloigner?
Si je vous pose la question, c'est que je suis tombé aujourd'hui sur un tout autre film qui décrit le même genre de choix avec autant de talent. Il s'agit de "Deux jours à tuer" de Jean Becker: un homme ayant tout pour être heureux plaque tout brutalement et s'enfuit au loin sans raison apparente.
Pour une fois je spoile, je donne des éléments du récit: mais d'une part, la poésie de l'un et la mécanique d'horloge de l'autre résisteront très bien à ces révélations. Et d'autre part, la question est sincère: pourquoi faut-il dans notre monde, dans notre sensibilité, voir une preuve de noblesse dans le fait de s'isoler pour vivre une épreuve? Qu'y a-t-il de noble à s'éloigner des gens qu'on aime quand vient l'épreuve??
Je crois que la question est bonne car elle n'a pas de réponse simple: ayant côtoyé des clochards et accompagné des fins de vie, j'en connais un bout sur la déchéance. Je peux comprendre qu'on veuille protéger les siens. Et en même temps, est-ce vraiment préférable? Quand on a le choix, est-ce que ça va dans le sens de la vie ou bien est-ce de l'orgueil mal placé?
Des questions, des questions. Pas forcément de réponses, mais des questions.
Bien à vous,