Le cadre est fixe. C'est un vivarium dans lequel une famille s'active telle une communauté de fourmis. Chacun vaque à sa tâche. Les dialogues sont là, le plus souvent pratiques, mais pas seulement. On raconte une anecdote sans intérêt. On ne la raconte pas vraiment pour les autres, plutôt pour soi.
La narration opère un lent glissement, se décale de son axe. Certaines répliques n'ont aucun sens, ne se rapportent à rien de tangible, presque surréalistes. Le ton est toujours posé. C'est la journée de vie d'une famille ordinaire, croit-on. Le chien et le chat sont là. Le chien écoute le chat ronronner et s'en émeut.
Le film est sans enjeu dramatique, sans même la moindre tension. À croire qu'ils sont tous morts ou fous, autistes... On est constamment dans l'attente de ce qui n'arrivera pas. Il ne se passera rien. Du moins le croit-on.
Étrange petit film donc que cette réalisation singulière de Ramon Zürcher. La maîtrise est totale, l'identité cinématographique affirmée. En détournant les codes de la chronique familiale, ni naturaliste ni spectaculaire, subtil et hermétique, s'il n'emporte pas totalement, L'étrange petit chat a le mérite de détonner.