L'Étranger
6.3
L'Étranger

Film de François Ozon (2025)

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L’absurde, la révolte et le soleil

Il est de chaque plan, tout gravite autour de lui, et pourtant à l'inverse du soleil, c'est un centre vide. Comme un trou noir qui absorbe la lumière, insondable et mystérieux, il semble être hors du monde, hors de tout - "l'Étranger".


Formidable travail de François Ozon d'ailleurs, qui nous donne à voir un noir et blanc sublime où coexistent la beauté et la violence à parts égales, pareillement blanchies sous un soleil indifférent. Cette image monochrome nous gardant toujours à distance, conscients d'être les otages d'une fiction, comme un clin d'œil à la perception du réel par le protagoniste.


Mais comment reproduire le vide à l'écran, l'étrangeté à soi-même et l'absurde, si cher à Camus ?

Ozon tente une percée de l'opacité de son personnage à travers une caméra jalousement amoureuse, ne lâchant pas un instant l'objet de sa fascination : scrutant la moindre ombre sur son visage, le moindre signe.


Pari réussi, car malgré ses longs silences apathiques - entrecoupés de vérités brutes -, ses regards indifférents et tout son comportement taciturne, on parvient à ne pas poser de jugement sur lui. On lui trouverait presque une certaine forme de liberté, lui qui par son étrangeté aux sentiments attendus, se positionne au-delà de toute convention sociale : cette liberté sans pareille de l'inconnu au sein de la foule, du singulier face aux semblables…

Mais si étranger soit-il au monde qui l'entoure, il finit tout de même par être rattrapé par celui-ci : déclaré coupable d'un crime "à cause du soleil" (image de l'amour, chez Camus).


Ce soleil si cher à l'auteur devient ici, grâce aux images magnifiques de François Ozon, un personnage à part entière. Il s’infiltre partout : dans la chambre mortuaire, à travers le disque baigné de lumière de la rencontre amoureuse, dans la cellule du condamné… Cette lumière violente, qui perce l’ombre à chaque plan, annonce par là sa défaite. Elle embrase tout, impitoyable, comme une injonction à "aimer désespérément le monde", jusqu'au bout, malgré tout, car qu'on s'en sente étranger ou pas :

Le monde est beau, et hors de lui point de salut. Albert Camus

Apprederis
9
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le 20 oct. 2025

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